Lundi après-midi. La gare est remplie de voyageurs, mais ses couloirs ne sont pas encore bondés. Dans le hall, trois agents patrouillent. Ils font partie de la petite équipe de quatre policiers ferroviaires rattachés à Genève. Des hommes de terrain employés par les CFF pour assurer la sécurité dans la gare et sur les voies de la région genevoise. Une équipe mobile qui sera renforcée par vingt nouveaux collègues dans toute la Suisse d’ici à 2010. Nous les avons accompagnés dans leur quotidien.
Quinze heures. Les trois policiers commencent leur ronde. Habituellement, ils sillonnent les couloirs de la gare, les quais et les voies de garage, renseignant au besoin les voyageurs et dissuadant au passage les éventuels pickpockets.
Sur tous les fronts
Soudain, un homme s’adresse à eux: paniqué, il leur explique qu’il vient de se faire voler son argent par deux «zizous» qui ont pris la fuite. Mais au même moment, l’équipe reçoit un appel de la centrale d’Olten. C’est de là que proviennent toutes les alertes et les directives, même si des échanges directs peuvent avoir lieu avec la gendarmerie pour que l’intervention soit la plus rapide possible. Cette fois, c’est la contrôleuse d’un train régional qui a donné l’alarme: elle s’est fait agresser par un homme, installé en première classe sans billet.
15?h?04. Les trois policiers partent en direction du quai et grimpent dans le wagon afin de procéder à un contrôle d’identité. Tout à coup, l’individu en question se met à frapper et à mordre ces agents, qui parviennent rapidement, mais non sans mal, à le maîtriser dans le sas d’entrée. Très vite, quatre gendarmes et deux agents de sécurité arrivent en renfort. Maintenu au sol mains et pieds menottés, le passager récalcitrant est acheminé par monte-charge jusqu’à une voiture de patrouille. Dans l’incident, qui aura duré quatorze minutes, les deux plus jeunes policiers ferroviaires sont blessés.
En constante mutation
Ce type d’événement aux abords des trains est rarissime. Même si, comme les gendarmes, les policiers CFF voient de tout dans leur environnement ferroviaire. De l’enfant fugueur sans billet à la personne ivre s’approchant trop près des voies, du suicide sur les voies à la confrontation avec un squatter: leur travail oscille entre répression, prévention, et même social: «Il nous arrive de prévenir les parents de mineurs se rendant en boîte à Lausanne, ou d’autres prenant le train le mercredi matin alors qu’elles devraient être à l’école, explique le sergent-major Michel Willy. Nous rencontrons les mêmes problèmes dans une gare que dans une ville. C’est un endroit en constante mutation. La recrudescence des vols et du squat est cyclique. Mais la gare, sous vidéosurveillance, est un lieu sûr.»
Collaboration réussie
S’ils ne sont pas très nombreux, les policiers ferroviaires basés à Genève peuvent compter sur la collaboration de la gendarmerie cantonale et des agents de sécurité. «L’interpellation de cet après-midi est un exemple de la très bonne coopération qui existe entre ces services», ajoute Michel Willy. Par ailleurs, d’autres policiers ferroviaires peuvent intervenir des quatre coins de la Suisse, lorsque ceux de Genève sont indisponibles. Tout comme ces derniers peuvent être amenés à se rendre à Martigny, Lausanne ou Zurich.
Les policiers des CFF ont suivi la même formation que les gendarmes cantonaux, à savoir l’Ecole de police. En revanche, ils n’enquêtent pas, ne font pas de levées de corps et ne sont munis que d’un bâton de police et d’un spray au poivre. Lignes électrifiées, circulation des trains: tous ont suivi une formation sur les spécificités du monde ferroviaire afin de pouvoir sécuriser des périmètres proches des voies. «Notre rôle est notamment d’empêcher la venue des badauds ou de sécuriser l’intervention des différents services», poursuit Michel Willy.
Leur champ d’action, lui, est souvent limité puisque ces policiers œuvrent la plupart du temps dans des endroits confinés. D’où l’obligation d’être précis et rapides, comme cet après-midi-là, dans cet étroit couloir de train.