TÉMOIGNAGE

«Il faut continuer à dénoncer le jeu du foulard»

Par XAVIER LAFARGUE le 11.12.2009 à 00:01

La mère de Florent, décédé à Genève des suites de cette pratique, revient d’un colloque à Paris.

Pour avoir testé, seul dans sa chambre, le jeu du foulard, Florent, 13?ans, a perdu la vie. C’était le 28 mai à Genève. Ses parents avaient tenu à témoigner dans la Tribune de Genève (nos éditions du 6 juin) «pour que ce truc qui tue s’arrête».

Depuis, Fabienne Tosi, sa maman, s’active pour dénoncer les dangers de cette pratique qui consiste à s’enserrer le cou avec un lien quelconque, entraînant parfois le handicap à vie ou le décès. A Paris, l’Apeas (Association de parents d’enfants accidentés par strangulation) vient d’organiser le premier colloque international sur le jeu du foulard. Il a réuni des centaines de personnes venues du Canada, des Etats-Unis, d’Afrique du Sud, d’Angleterre, de Belgique, de la Réunion et de Suisse.

Fabienne Tosi, comment s’est déroulé ce colloque?

Le premier jour, des spécialistes ont abordé les aspects sociologiques et psychologiques du jeu du foulard. Pour comprendre pourquoi des jeunes s’y adonnent. On nous a confirmé qu’ils n’ont pas conscience du danger et commencent généralement en groupe, avant de le refaire seuls. Le deuxième jour était consacré aux méthodes de prévention et à une table ronde internationale de parents. J’y ai participé en tant que déléguée pour Genève.

Que retirez-vous des débats?

Déjà deux choses. D’abord que le jeu du foulard tue toujours et partout dans le monde. Et ensuite qu’une action de prévention massive à l’attention des jeunes et d’information à l’égard des adultes au sens large s’impose de manière urgente.

A Paris, vous avez rencontré des parents confrontés au même drame que le vôtre…

En effet, et ce qui m’a frappé, c’est que certains ont cru, parfois longtemps, que leur enfant s’était suicidé. C’est le cas d’un père venu d’Afrique du Sud pour témoigner. Ce n’est que quatre ans après le décès de son fils qu’on lui a dit qu’il s’agissait du jeu du foulard, que c’était un accident dramatique. Mais vous vous rendez compte de la culpabilité qui l’a rongé durant toutes ces années? Pour Florent, heureusement, le médecin nous a immédiatement dit que son décès était dû à ce «jeu».

D’où l’importance d’informer les professionnels du secours?

Oui, mais il faut informer tout le monde: jeunes, parents et tous ceux qui s’occupent des jeunes (enseignants, médecins, etc.).

A ce titre, que fait-on en Suisse?

Peu de chose pour l’instant. Aux Etats-Unis ou en France, on en parle bien davantage. Un policier américain est venu nous dire comment il faisait de la prévention auprès des jeunes, en parlant des conséquences émotionnelles pour l’entourage de ceux qui décèdent. Ici, peu d’informations sont dispensées. Pourtant, mon mari, mon fils aîné, Benjamin, et moi aimerions le faire. Nous avons rencontré Charles Beer à ce sujet.

Le médecin du Service de santé de la jeunesse prend la chose très au sérieux. Benjamin, lui, a pu témoigner auprès de 250 jeunes, dans une école privée. Et le lendemain de la publication de votre article sur Florent, le 8 juin, une dame a créé un groupe de prévention sur Facebook, intitulé «Jeu du foulard, attention, danger». Il y a aujourd’hui 504 membres. Je remercie infiniment cette maman.

C’est un début?

Oui, comme ce colloque. Qui en appellera d’autres, je l’espère. Car le seul moyen de lutter contre ce fléau, c’est de continuer à le dénoncer le plus largement possible. Auprès des jeunes et aussi des parents. Pour que ces derniers soient attentifs aux signes avant-coureurs, par exemple des traces fréquentes sur le cou.

Leur liste figure sur le site Web de l’Apeas (www.jeudufoulard.com). La plupart des parents présents à Paris ont confié que s’ils avaient eu connaissance de ces signes, leurs enfants seraient encore en vie.

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