A neuf jours de l’élection au Conseil d’Etat genevois, on ne sait pas si la gauche va conserver sa majorité. Ce que l’on sait, en revanche – à moins d’une énorme surprise – c’est que les femmes s’apprêtent à signer leur grand retour au gouvernement. Les trois candidates (Michèle Künzler, Véronique Pürro et Isabel Rochat) ont, en effet, chacune des chances d’accéder à cette fonction… qui se refuse tant aux femmes. Seules 3 politiciennes ont été élues au Conseil d’Etat, la libérale Martine Brunschwig Graf en tête dès 1993 (lire ci-contre).
Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la perspective du retour de ces dames au sommet de la République emballe les féministes. Parmi elle, l’écrivaine Huguette Junod espère que toutes les candidates seront plébiscitées au nom de la parité. En attendant «le grand jour où 4 d’entre elles viendront damer le pion à ces messieurs».
Pour l’heure, elle s’indigne surtout de la coloration à 100% masculine du gouvernement: «Quelle honte! On se croirait revenu au XIXe siècle.» Et de déplorer aussi l’avance perdue par notre canton: «Nous avons été les premiers à accorder le droit de vote aux femmes en 1960 et nous voilà à présent en queue de peloton.» Sans conseillère d’Etat, Genève figure, il est vrai, en dernière position aux côtés de Schwytz et d’Appenzell Rhodes-Intérieures (lire ci-dessous).
Alors, il est grand temps que ça change, estiment bon nombre de personnes questionnées dans la rue. Des femmes, mais aussi des hommes. «Elles ont moins d’ego que nous et ont à cœur de faire avancer les dossiers. En résumé, elles apportent autre chose à la politique», explique l’un d’eux. Une femme cadre quadragénaire, elle, ne se pose pas l’ombre d’une question: «J’ai déjà voté en bloc pour les 3 femmes. J’espère que les électeurs rééquilibreront un peu la balance, après le score catastrophique du Grand Conseil avec seulement 28 femmes.» Une fonctionnaire pense pour sa part «qu’une Michèle Künzler, qui a fait de la théologie, peut apporter plus d’éthique». Cet enthousiasme n’est toutefois pas toujours partagé. Bien connue pour son militantisme en faveur des femmes, l’écrivain-reporter Laurence Deonna avoue ne pas être totalement emballée par les candidatures féminines. Mais elle les soutiendra malgré tout, «les choix masculins n’étant de loin pas tous plus stimulants».
Il est difficilement imaginable que Genève élise un nouveau gouvernement exclusivement masculin, «en particulier après le recul de la représentation des femmes enregistré au Grand Conseil et leur score déplorable à la Constituante», relève Fabienne Bugnon. La directrice de l’Office des droits humains estime, en outre, que «la mixité crée une dynamique fructueuse dans tous les secteurs de la vie professionnelle. On reconnaît aujourd’hui l’immense apport des femmes dans l’économie. Il en est de même en politique.» Martine Brunschwig Graf défend, elle aussi, cette mixité: «Je ne souhaite pas plus un gouvernement de 7 hommes qu’un gouvernement de 7 femmes. Lorsque je siégeais avec 6 hommes, mes collègues ressentaient cet apport comme positif.»
Le conseiller d’Etat Pierre-François Unger a connu les deux cas de figure. «Je viens de vivre quatre ans agréables avec uniquement des hommes, mais je me réjouis, si je suis réélu, de pouvoir à nouveau collaborer avec des femmes. J’ai beaucoup aimé quand elles étaient 3, période caractérisée par une grande diversité dans les débats. J’apprécie l’intelligence émotionelle des femmes. Les hommes se sentent toujours obligés de tout rationaliser.»