«Faut se battre, c’est de la danse, mais c’est une bataille!» Tel est le mot d’ordre lancé comme un avertissement aux compétiteurs réunis sur le tartan de la salle Omnisports du Petit-Lancy dimanche soir.
Plus d’une centaine de danseurs étaient au rendez-vous du plus grand concours de hip-hop du pays: les présélections au Juste Debout. C’est quoi au juste? «Le Juste Debout c’est l’événement mondial du hip-hop, assure Serge Samba, coordinateur de la manifestation genevoise. Il se tiendra en mars à Bercy, devant 15?000 spectateurs.»
Mais avant de se retrouver dans l’arène parisienne, les prétendants hip-hoppers au Juste Debout doivent juste gagner leur ticket lors d’une des quatorze présélections qui se tiennent dans autant de pays, dont la Suisse. Depuis quatre ans, l’organisation helvétique de ces joutes chorégraphiées, soutenue par la Ville de Genève et la Loterie Romande, revient à Art’O’dance, association présidée par Sébastien Boucher, une grosse pointure du milieu, professeur honoraire de l’Académie de danse hip-hop de Genève. Quatre duos ont, hier soir, gagné un aller simple pour Paris: Ponnin Scream et Poppin c (Suisse), Willow et Funky Aspargus (France), Marvin et Regis (France), Fab et washko (France). Quatre vainqueurs comme quatre disciplines. A savoir: le hip-hop dans sa «classique», précise Serge Samba, le Popping, qui se danse sur des rythmes funck, le Locking qui navigue dans des sons seventies et enfin la House qui baigne dans l’électronique.
Les danseurs s’affrontent lors de battles, (batailles en français), une sorte de matches qui mettent face à face deux équipes composées chacune de deux hip-hoppers. Tour à tour ils s’élancent au centre d’un ring imaginaire et déploient leur art, improvisent, car le fond musical leur est imposé par des DJ qui évoluent in situ. Les danseurs sont dans un face à face, un combat sans coups portés, mais où le talent à se trémousser et à coller au crachin des platines sert de parade d’intimidation. A l’issue du tour de piste, une équipe reste dans la compétition, l’autre part. C’est le jury qui décide, le même pour les 14 sélections. Il est composé de quatre cracks dans leurs genres: Gémini (France), Gucchon (Japon), E-Joe et Sho-Tyme (Etats-Unis).
Strass, casquettes et gourmette
Hier soir, parmi les «challengers», comme elles le précisaient elles-mêmes, il y avait Anna et Willie, deux Parisiennes qui ont préféré la quiétude genevoise à la transe parisienne pour tenter les présélections. «On a le droit de choisir où on veut les faire, ici, il y a moins de monde et le public nous porte.» H4L est le nom de leur duo. «Mais ça se prononce aitchforelle, précise Willie. Ça veut dire: house pour elles.» Le hip-hop a peut-être 30 ans, mais ces adeptes d’aujourd’hui sont les fruits frais des années 2000. Dans une salle écrasée de décibels, le public est hyperjeune, hyperlooké, et hyperbranché. Toute une génération qui porte fière la casquette, parfois la gourmette, quelques strass aussi, les baskets d’or et le survêt de style, toujours prête à dégainer les portables. Une génération qui, comme toutes celles qui l’ont précédée, aime danser.