«Ecole en colère», pouvait-on lire hier sur les vitres du Collège et Ecole de commerce (CEC) Nicolas-Bouvier, à Saint-Jean. «Ici, il y a une superambiance; ça nous aide dans nos études. Il ne faut pas casser cette dynamique!» Micael (17?ans) se plaît à Nicolas-Bouvier. Et il s’inquiète de la menace qui plane sur son établissement: la cohabitation des filières commerciale et gymnasiale est en effet en grand danger. La faute au système fédéral…
Daniel Pilly, directeur général du postobligatoire au Département de l’instruction publique (DIP), confirme une réforme profonde de l’Ecole de commerce au niveau suisse: «On veut créer une école de métier avec pratique professionnelle sur place.» Les collégiens devraient ainsi quitter les lieux. Une perspective qui n’emballe pas Deborah (17ans), prête à faire la grève pour soutenir la mixité: «Elle fonctionne vraiment bien dans nos murs.» Zack vante lui aussi «les bons contacts entre collégiens et diplômants en commerce». Un constat que partagent les enseignants. «Nous avons constitué un noyau de maîtres très motivés qui travaillent à faire vivre ce mélange», expliquent Marie Machado, Philippe Schwab, Manuel Barranco et Alain Schorer, au nom de l’association des maîtres de Nicolas-Bouvier. Car la quasi-totalité des 160 profs a déjà signé, à fin 2007, une pétition à l’attention de Charles Beer pour défendre une «dynamique complémentaire». Et quelle complémentarité puisqu’en plus des 400 collégiens et des 400 diplômants de l’Ecole de commerce, cet établissement compte 260 inscrits en maturité professionnelle, 90 élèves en formation pour porteurs de maturité et 50 jeunes qui effectuent un complément de formation, post- Cycle d’orientation.
Polyvalents, les enseignants ne veulent pas être enchaînés à une seule voie de formation: «En développant des pédagogies différentes en fonction des élèves, on ne risque pas de s’encroûter!» Les nombreuses activités extrascolaires du CEC Nicolas-Bouvier stimulent aussi les échanges. «Notre groupe humanitaire (ndlr: La Trace) aide à rassembler les deux filières», constatent des collégiens qui apprécient le caractère «non élitiste» des lieux. Un élan humanitaire qui a permis à cette école d’être distinguée par la Commission suisse pour l’Unesco comme l’un des établissements les plus dynamiques du pays. Lors de la Saint-Valentin, ce ne sont pas moins de 900 roses qui ont été distribuées à Nicolas-Bouvier…
Moins de collégiens
Alors, la mixité – qui unit pour l’heure les CEC Nicolas-Bouvier, André-Chavanne, Emilie-Gourd (lire ci-dessous) et de Staël – va-t-elle vraiment être remise en question? «Que la mixité soit bonne ou pas, on ne peut pas garder des Genferei. Il faut faire comme tout le monde», répond Daniel Pilly. Le cadre du DIP précise toutefois qu’aucune décision formelle n’a encore été prise sur l’avenir de la mixité à Nicolas-Bouvier. Même s’il brandit un autre atout pour justifier le changement: «Alors que les effectifs de collégiens stagnent, voire diminuent, ils augmentent dans les écoles de commerce et de culture générale.» Une véritable école professionnelle séduit ainsi Elodie et Lindeita. Ces deux jeunes femmes, qui effectuent un complément de formation, comptent sur ce dispositif pour pallier le manque de places d’apprentissage: «Un vrai calvaire.»
On s’ignore à Emilie-Gourd
L’établissement mixte Emilie-Gourd, à Malagnou, accueille des collégiens, mais aussi des apprentis en commerce de détail et en pharmacie depuis plus de trente?ans. Et ça marche plutôt bien.
«La cohabitation est bonne, mais dans l’ignorance les uns des autres, constate Daniel Pilly, directeur général du postobligatoire. C’est lors d’activités extrascolaires que les élèves se mélangent un peu.» Même son de cloche du côté des jeunes. «La cohabitation ne m’a jamais dérangé, même si on ne se parlait pas trop entre collégiens et apprentis, mais tout comme on ne se parlait d’ailleurs pas entre collégiens de différents degrés», se souvient Gaëtan, ancien collégien. «On ne se parle pas, confirme une collégienne. Pour nous, les apprentis sont des bolos (ancienne racaille qui essaye d’être fashion) et pour eux, on est des snobs.»
La direction de l’école se dit pour sa part entièrement satisfaite de cette mixité. «Ce mélange est un enrichissement pour l’école», appuie avec conviction Jean-Louis Amar, doyen à Emilie-Gourd. D’après ce dernier, grâce à la présence des apprentis, les collégiens se rendent compte des difficultés du monde du travail et les apprentis peuvent, pour leur part, bénéficier des structures du Collège, telles que le centre de documentation ou encore les cours facultatifs de théâtre ou de musique. Même s’il avoue toutefois que les apprentis n’ont pas vraiment le temps de les fréquenter.
Emilie-Gourd est le deuxième plus grand établissement scolaire du canton, avec 1500 élèves, dont une moitié de collégiens et une autre d’apprentis, qui ne fréquentent les cours qu’un jour et demi ou deux par semaine. Des compléments de formation (CF) sont également dispensés à plein temps à des élèves en difficulté. L’établissement possède aussi des classes d’accueil et d’insertion (SCAI) pour les étrangers non francophones. Aucun changement n’est actuellement prévu concernant Emilie-Gourd.
Sabrine Gilliéron