On se posait la question sans trop oser la formuler, vu l’étendue du désastre environnant. Qu’était-il arrivé à la fragile collection d’œuvres vaudou, constituée par la Suissesse Marianne Lehmann et présentée avec le retentissement que l’on sait à Genève par le Musée d’ethnographie, ou MEG? Eh bien la réponse est arrivée mercredi, via l’Agence télégraphique suisse (ATS). Tout est sauvé. Il n’est presque rien arrivé à cet ensemble, devenu essentiel pour la mémoire haïtienne. Juste quelques fêlures.
Au milieu de son capharnaüm de statues à cornes et de divinités à crânes humains, Marianne Lehmann estime ainsi avoir eu beaucoup de chance après le tremblement de terre. Cette femme de 73?ans, rappelons-le, collectionne depuis 30?ans des objets vaudou à Port-au-Prince.
«C’est une leçon», explique cette dame aux longs cheveux blancs. «Toutes les pièces auraient pu passer à la casserole. Il y a de la casse mais ce n’est pas énorme», dit-elle devant ses statues renversées et des cruches cassées, entassées dans sa maison de Pétionville. «Certains nous disent que nous avons eu une protection. Les maisons voisines sont abîmées, mais pas la nôtre.»
Lorsqu’il y a trente ans, un Haïtien démuni lui propose d’acheter une statue à trois cornes d’une société secrète, Marianne n’imagine pas qu’elle deviendra la gardienne d’un panthéon de 3000 pièces. «Actuellement, 369 de mes plus belles pièces, surtout les grands miroirs d’interpellations utilisés dans les cérémonies pour invoquer les esprits, voyagent à l’étranger.» Après le Tropenmuseum d’Amsterdam, elles iront au musée ethnologique de Berlin, puis à Ottawa.
«Nous avons déjà récolté quelque 100’000 dollars pour notre futur musée, mais nous prévoyons un budget de 3 millions de dollars», indique cette battante, que l’on a pu voir l’an dernier à Genève. «Il nous faut absolument construire un bâtiment aux normes parasismiques».