Un coffre-fort n’est pas une assurance tous risques. Eliane et son mari en ont fait la triste expérience. Le lourd objet, «un Fichet de 110 kilos», précise-t-elle, était pourtant solidement ancré. Dans la paroi en briques du cagibi, mais aussi au sol, dans une dalle en béton armé. «Avec un boulon de 2,5 cm livré avec le coffre, ajoute Eliane. Ça n’a servi à rien. Les voleurs l’ont descellé avec une barre à mine et ont tout emporté.»
Seul vestige de cette désastreuse visite, opérée en plein après-midi, il y a quinze jours: la barre à mine, abandonnée sur place. «Elle appartient aux Services Industriels, elle a dû être volée sur un chantier», constate Eliane, concierge d’un immeuble cossu des Eaux-Vives. «Je me croyais en sécurité avec mon coffre-fort dans l’appartement, j’en étais même fière, nous l’avions depuis vingt ans. Il a suffi que nous nous absentions, mon mari et moi, et voilà Des locataires ont bien entendu du bruit, mais ils ont pensé à des travaux…»
Plus que les 2000 francs et les 1000 euros placés dans le coffre-fort, Eliane déplore surtout la disparition de nombreux bijoux. «Certains étaient assurés, mais pas tous. Et la plupart sont des souvenirs de famille, ils appartenaient à ma mère, ma belle-mère et ma grand-mère. Ça fait mal d’être dépouillée comme ça.» Détail navrant, des bijoux de sa petite-fille de 13?ans se trouvaient aussi là. «Mon fils a été lui aussi cambriolé, il y a deux mois, chez lui à Gland. Du coup, j’avais emporté les bijoux de ma petite-fille, afin de les mettre en sécurité ici. Dont une gourmette que nous avions fait fabriquer tout spécialement pour elle, par un artisan. Et voilà le résultat!»
Des voleurs pressés
Et ça aurait pu être pire! «En effet, vu ce qui se passe avec les banques en ce moment, j’ai hésité à rapatrier toutes nos économies dans notre coffre!»
Les voleurs se sont aussi emparés de chemises, de souliers, d’une veste en mouton retourné. Mais ils étaient sans doute pressés. «Ils ont tout mis sens dessus dessous, relève Eliane, mais ils n’ont pas pris un pot, dans la cuisine, où je mets des sous pour une cagnotte. Ils n’ont pas visité non plus notre local de conciergerie, pourtant juste à côté du cagibi. Mon mari y laisse une caissette avec un peu d’argent. Elle y est toujours.»
Eliane sait que sa mésaventure n’est pas un cas isolé. «Je ne veux pas qu’on se lamente sur mon sort, mais simplement prévenir les gens: avoir un coffre-fort chez soi ne sert pas à grand-chose, il vaut mieux mettre ses bijoux dans le coffre d’une banque. Même si, après, on les porte moins souvent parce qu’il n’est pas toujours évident d’aller les chercher…»
Un coffre attire les voleurs
Porte-parole de la police genevoise, Patrick Pulh le confirme: «Ces temps, nous enregistrons entre cinq et dix vols de coffre-fort par semaine. Il y en a encore eu un le week-end dernier, chez un particulier. Mais ça va du petit coffre même pas scellé jusqu’au gros coffre d’entreprise, pesant plusieurs centaines de kilos.»
Retrouve-t-on les coffres volés? «Assez souvent, abandonnés dans la nature, relève Patrick Pulh. Et vides, bien sûr. Certains sont si lourds qu’il nous faut une grue pour les emporter! Comme quoi, ni leur poids ni leur taille ne sont des gages de sécurité.»
Il faut donc se rendre à l’évidence, «un coffre-fort ne constitue pas une assurance tous risques contre les voleurs, note le porte-parole de la police. On peut même dire que ça les attire.» Alors, faut-il en avoir un? «C’est mieux que rien. Mais il est préférable qu’un professionnel se charge de son installation, et il faut si possible le faire sceller sur trois côtés. L’idéal est de le «couler» dans le mur.» Enfin, il vaut mieux choisir un modèle à double fermeture, numérique et mécanique. (xl)