On pourrait croire que cet immeuble recouvert de tags et ceinturé de barrières métalliques est aujourd’hui vide, comme le reste des édifices de l’ancien Artamis. Pourtant, la Database, l’unique bâtiment qui ne sera pas entièrement démoli lors du chantier de dépollution, fourmille d’artistes parfois présents depuis le début de l’occupation du site, en 1996.
Ces architectes, musiciens, plasticiens, DJ ou graphistes genevois sont les seuls à avoir pu conserver leurs locaux sur le site alternatif, aujourd’hui en chantier: avec le début des travaux de décontamination à la fin de l’année dernière, la plupart des 200 autres occupants ont été relogés dans les locaux de la rue du Vélodrome et celle d’Ernest-Pictet.
La trentaine d’utilisateurs de la Database, ce bâtiment situé le long du boulevard de Saint-Georges, n’est aujourd’hui plus confrontée aux hordes de noctambules, qui auparavant débarquaient chaque week-end par milliers. Les salles de concert ainsi que le Shark, un bar installé juste devant l’édifice, ont fait leurs valises. Pour les locataires actuels, regroupés en une association qui s’est d’ailleurs rapidement distinguée du collectif Artamis, c’est un soulagement: «Depuis le départ des lieux publics, l’atmosphère est beaucoup plus calme», explique Fabien, architecte d’intérieur et artiste installé au premier étage. «Avant, il y avait chaque nuit un peu de vandalisme.» Du coup, chacun met aujourd’hui la main à la pâte pour changer les vitres cassées et effectuer de menus travaux sur cet ancien bâtiment administratif des SIG.
Si ces «chanceux» bénéficient d’une ambiance de travail plus tranquille, ils sont en revanche quotidiennement confrontés à l’immense chantier de dépollution qui se déploie juste au-dessous de leurs fenêtres. «Les travaux ne provoquent pas de nuisances de ce côté du site», assure Fabien. «Mais de toute façon, ce serait un moindre mal, nous acceptons les règles du jeu. Par ailleurs, nos relations avec la Ville sont très bonnes. Nous sommes bien informés sur le déroulement des travaux.» L’accès à la Database est en revanche un peu restreint: pour pénétrer dans le bâtiment par la gauche, les usagers doivent présenter une carte d’identité à l’agent de sécurité posté devant le portail principal.
Objectif: éviter que n’importe quel quidam n’entre dans le périmètre du chantier. De l’autre côté, l’immeuble est fermé à clé. Seul véritable souci dû au chantier: «une invasion de souris», raconte Virginie Morillo, créatrice.
Avenir incertain
L’avenir des utilisateurs de la Database dépendra des décisions prises par les architectes lors de l’aménagement du «Carré Vert», le futur écoquartier prévu sur le site. «Toutes les variantes sont possibles», analyse Fabien. «Mais nous sommes bien intégrés à la problématique et participons régulièrement à des réunions avec la Ville. Nous voulons fédérer autour d’une idée, mais il est trop tôt pour en parler. Ce qui est sûr, c’est que nous n’allons pas nous tourner les pouces en attendant que l’on nous dise que nous sommes virés.»
Aujourd’hui, les usagers de la Database souhaitent proposer un lieu d’exposition ouvert au public. «Vu le manque de tels endroits à Genève, il nous semblait nécessaire de rester ouverts sur l’extérieur», conclut l’artiste.