La Clairière, c’est un bien joli nom qui évoque la lumière. Un rien paradoxal pour un lieu qui met «à l’ombre» les mineurs en attente de jugement ou en observation. Un peu en retrait sur la route de Satigny, les divers modestes bâtiments du centre abritent les multiples activités qui constituent la prise en charge de jeunes (30% de filles) que la société souhaite réinsérer – qui devrait constituer, faudrait-il écrire. Car le centre déborde et son personnel ne parvient plus à tout assumer.
La situation a semblé si préoccupante à la Commission des visiteurs du Grand Conseil que les députés qui la composent ont mandaté il y a quelques jours quatre experts pour se pencher sur le cas. Objectif: réfléchir sur l’encadrement éducatif et pédagogique du lieu et définir les moyens dont il a besoin pour accomplir sa mission. «Cela permettra notamment de réfléchir sur le sens de la privation de liberté pour les mineurs», comment le député libéral Renaud Gautier.
Jean-Michel Gottardi, le directeur de La Clairière, ne cache en tout cas pas les difficultés rencontrées par son personnel. Et il se félicite de l’initiative des députés. «En plus de 16?places pour jeunes en observation – un nombre auquel nous nous tenons – nous avons 14?places de détention préventive, mais, dans les faits, ce sont 24 jeunes qui sont ici, avec des pics à 27», assène-t-il. Et il faut bien loger tout ce monde. Du coup, de nombreuses cellules, qui ne sont déjà pas vraiment spacieuses, sont occupées par deux mineurs.
Des jeunes plus violents
Le directeur avait fait installer des lits superposés pour gagner de la place. Mais il a dû les supprimer car le centre étant prévu officiellement pour trente occupants, l’Office fédéral de la justice avait menacé de couper toutes les subventions accordées au canton, dont les 30% des salaires du personnel de La Clairière. Depuis, le matelas supplémentaire est simplement jeté par terre. Absurde mais tellement symptomatique.
Le nombre n’est toutefois pas l’unique raison des soucis des collaborateurs de La Clairière, dont plusieurs ont été victimes de «burnout». «L’épuisement est dû avant tout à la confrontation avec une population de plus en plus violente, qui a souvent besoin de soins thérapeutiques», précise Jean-Michel Gottardi. Plus violents, plus jeunes (la moitié a 15?ans et moins), les mineurs de La Clairière ont, selon le directeur, «un seuil de tolérance à la frustration de niveau zéro».
A cause de cela, des agents de Protectas appuient, le week-end, les trois éducateurs qui doivent gérer 25 mineurs ces jours-là. Une décision qui a beaucoup fait jaser, mais que le directeur assume pleinement.
Recherche de solutions
A La Clairière, les jeunes ne sont pris en charge, hors cellule, que durant quatre à cinq heures. Or, le droit européen exige huit heures. «Pour parvenir à cela, il faudrait davantage de places et de collaborateurs, réagit Jean-Michel Gottardi. Une solution rapide serait de récupérer Frambois, le centre de détention administrative qui jouxte La Clairière.»
Le directeur doit rendre un projet de nouveau concept en avril: «Ce qui me rend optimiste, c’est que les autorités fédérales et cantonales sont
désormais très réceptives», conclut-il.