FRANCE VOISINE

Chômage: la crise fait des ravages dans la vallée de l’Arve

Par MARIE PRIEUR le 19.02.2009 à 00:00

Le chômage partiel concerne la majorité des employés et les premiers plans sociaux sont en route.

Les chiffres sont alarmants. Et les inquiétudes tangibles. Dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, le chômage a ainsi augmenté de 62% en 2008. La crise économique est en train de plonger le secteur s’étendant de Bonneville à ­Magland en passant par Cluses dans une situation extrêmement critique.

Ce qui n’a pas échappé à Stéphane*, l’un des 11 500 salariés du décolletage (mode d’usinage de pièces mécaniques), spécialité de la vallée. Pour tenter d’anticiper, il a envoyé CV et lettre de motivation dans des sociétés d’horlogerie helvétiques (lire ci-dessous). «Je ne suis pas le seul, dit-il. A mon avis, on va être nombreux à tenter de venir en Suisse. Mais, on n’est pas dupe. On sait bien que de l’autre côté de la frontière aussi les embauches sont gelées.»

Il y a moins d’un an, les industriels genevois et français travaillaient main dans la main pour faire face au manque de main-d’œuvre. Aujourd’hui, la demande s’est tarie. «Lors d’une première phase, les entreprises ont cessé de recruter et se sont privées des effectifs intérimaires et des employés en CDD (contrat à durée déterminé)», souligne Xavier ­Charvet, secrétaire général du Pôle emploi Haute-Savoie.

Deux mille chômeurs de plus

«Le chômage a connu une hausse spectaculaire. Il est vrai que l’on partait de très bas mais tout de même, en dix-huit mois, le nombre de demandeurs d’emploi est passé de 2500 à 4500.»

Actuellement, les patrons tentent de trouver des solutions pour conserver les postes de CDI. «Les entreprises essaient de préserver leur capital humain. Quand l’activité reprendra, ils auront besoin de ces salariés qu’ils ont eu tant de mal à recruter», explique le secrétaire général du Syndicat national du décolletage, Claude Morisseau.

Le recours au chômage partiel est devenu la règle. Il ­concerne actuellement plus de 10 000 salariés dans le secteur. «C’est simple, la vallée est quasi fermée le vendredi», confirme Jean-Marie Gomila, président de la CGPME Haute-Savoie, le syndicat des PME.

Récemment, les indemnisations en cas de chômage partiel ont bénéficié d’une revalorisation. «Depuis le 1er février les heures chômées sont rémunérées non plus à 50 mais à 60% du salaire, avec un plancher à 6,84 euros (8?fr.?90) l’heure chômée», précise la direction départementale du travail.

La formation comme solution

Pour faire face, la profession mise sur la formation. «C’est intéressant pour le salarié qui voit ainsi compenser la perte salariale et qui, plutôt que de passer ces heures chômées seul chez lui, est formé. C’est aussi une façon pour l’entreprise de se préparer à rebondir», positive Claude Morisseau.

Chacun met d’ailleurs la main au porte-monnaie pour financer l’offre de formation. La semaine dernière, l’Etat annonçait une aide d’1 million d’euros pour la vallée. Auquel s’ajoutent les 600 000 euros promis lundi par la Région Rhône-Alpes.

Rien n’est gagné pour autant. «Certaines entreprises affichent des prévisions pour février atteignant -70% de leur activité», souligne Jean-Marie Gomila.

Des plans sociaux ont déjà été enclenchés. Et les premiers licenciements de salariés en CDI, jusque-là épargnés, débutent. «Certaines entreprises sont effectivement obligées d’en arriver là. Le phénomène est limité, pour le moment, temporise Claude Morisseau. Mais on ne sait pas quel sera son ampleur, car on ne sait pas combien de temps durera la crise.»

Modification du paysage industriel

Au vu de la situation actuelle, Jean-Marie Gomila estime quant à lui que 10 à 15% des salariés de la vallée vont être licenciés dans les tout prochains mois. Et d’affirmer que «cette crise va profondément modifier le paysage industriel d’ici à la fin de l’année. 25% des entreprises n’y survivront pas. La vallée ne sera plus jamais comme on l’a connue».


Situation tendue aussi dans l’industrie genevoise

A Genève, même si la situation est loin d’être aussi critique que dans la vallée de l’Arve, la crise a également des conséquences sur l’emploi.

«Les effets sont moins brutaux. Surtout parce que l’industrie genevoise est plus diversifiée», explique Nicolas André Aune, secrétaire général de l’Union industrielle genevoise.

Pour autant, «dans la mécatronique comme dans l’horlogerie, l’heure est à la prudence. Les embauches sont actuellement bloquées. Et chacun attend, observe», constate-t-il.

Chômage partiel

Le recours au chômage partiel prend de l’ampleur. Selon l’Office cantonal de l’emploi, fin janvier, 819 travailleurs étaient concernés, les secteurs principalement touchés étant les fournisseurs et sous-traitants dans le domaine de l’horlogerie et de l’industrie.

L’indemnité s’élève à 80% de la perte de gain prise en considération. Et la durée maximum d’indemnisation vient d’être prolongée à 18 mois, contre 12 jusqu’à présent. Cette dernière mesure du Conseil fédéral doit prendre effet le 1er avril.

«C’est une bonne nouvelle», souligne Nicolas André Aune, qui préfère voir dans le recours au chômage partiel un signe positif: «L’intérêt pour cette solution démontre la volonté de garder les forces et les ressources au sein des entreprises.»

Si les emplois permanents sont maintenus (excepté quelques plans sociaux limités pour le moment), les effectifs temporaires ont, eux, été écartés dès le début de la crise. Et ce n’est pas terminé.

Par l’intermédiaire de sa porte-parole, Rolex annonçait fin janvier que «les contrats, qui concernent les collaborateurs temporaires ou en contrat à durée déterminée ne seront pas reconduits quand ils arriveront à leur terme».

Des mesures qui, quand elles concernent les frontaliers, gonflent les statistiques en France voisine. Puisque ces derniers pointent en France et non en Suisse, la règle étant que le pays de résidence paie les indemnités.
(mp)

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