Dans le film Tanguy d’Etienne Chatiliez, un jeune de 28?ans se sent si bien chez ses parents qu’il refuse de quitter le nid, au grand dam de ces derniers.
Aujourd’hui à Genève, de jeunes adultes qui gagnent leur vie vivent, souvent bien malgré eux, la même situation. Nicolas Bartholdi a 30?ans. Il a soutenu sa thèse de doctorat en mathématiques et enseigne à mi-temps. Malgré son salaire, il ne trouve pas à se loger.
«J’ai vécu chez mes parents jusqu’à cet été. J’y ai laissé l’essentiel de mes affaires et c’est encore mon adresse officielle», raconte le jeune homme. Depuis le début du mois d’août, il partage un studio de 30?m2 avec son amie Aline, enseignante au primaire à plein temps. En trois mois, le couple a visité 31 appartements, déposé 19 dossiers auprès des régies immobilières et essuyé 14 refus. Pour le reste, on ne leur a pas répondu. Lors des visites, qui se font parfois groupées, il leur arrive de se fondre parmi 20 ou 30 autres candidats…
«Je savais que ce serait difficile, confie Nicolas. Mais je n’avais pas imaginé l’énergie et le temps que ça prendrait.» Le scientifique a l’impression de jouer au loto. Ou, pire, à un jeu aux règles inconnues. «On ne sait pas pourquoi notre dossier est écarté. Les régies sont des boîtes noires.» On leur demande parfois de fournir une lettre de recommandation. «Mais on ne nous dit pas clairement de qui elle doit provenir ni ce qu’elle doit contenir.»
Via Internet principalement, le couple recherche un appartement de 3 ou 4 pièces dans un périmètre allant du centre-ville à Veyrier, Troinex ou Thônex. Les jeunes gens sont prêts à débourser entre 1500 et 2000?francs par mois. Soit le double ou le triple du loyer qu’ils paient actuellement – 710?francs pour un studio de 30?m2 à Champel. Ils ne se font guère d’illusion: «On ne cherche pas dans le même quartier, où les prix oscillent entre 2500 et 3000?francs, quand ce n’est pas 5000 ou 6000?francs.»
Loin d’être abattu, Nicolas trouve qu’il y a «du choix et des choses intéressantes». De quoi avoir des coups de cœur. Notamment pour un trois-pièces traversant au Grand-Lancy. La visite terminée, le jeune homme a enfourché son vélo pour déposer son dossier à la régie en premier. «Le lendemain, on m’a dit que l’appartement était déjà attribué.»
Malgré les fins de non-recevoir, «on est obligé d’y croire à chaque fois, déclare Nicolas. Nous avons une solution. Nous avons un logement très petit, certes, mais viable, alors que d’autres n’ont rien.» Les pistons? Le couple sait bien que cela pourrait l’aider, «mais on ne peut pas en inventer. Je parle à mes collègues, mes amis. Mais pour l’instant, cela n’a rien donné.»
467 logements vacants en juin
En un an, les loyers ont augmenté de 2,3% dans le canton.
Au 1er juin 2009, 375 appartements et 92 villas étaient vacants à Genève selon l’Office cantonal de la statistique. Le taux de vacance se situe à 0,21% (le rapport entre les logements vacants et les logements existant). Ce taux varie peu en fonction de la taille du logement: la crise frappe du studio à l’appartement de sept pièces. Entre juin 2008 et juin 2009, la population genevoise a augmenté de 4598?personnes (+1%) et le parc de logements de 0,5%. Pénurie oblige, les loyers ont pris l’ascenseur. En un an, ils ont augmenté de 2,3%. Lors d’un changement de locataire, ils ont même crû de 16,3% en moyenne. Pour sortir de la crise, Genève devrait construire 2500 logements par an. Ces dernières années, elle a rempli peu ou prou la moitié de cet objectif.
SD