Samedi 10?heures, sur le quai 5 de Cornavin. Un groupe de femmes courent vers le RER et demandent au contrôleur: «Is it the train for the wine festival?» «Yes, leur répond l’accort agent. Descendez à Satigny.» Un festival du vin? En genevois, on parle de Caves ouvertes. Mais il est vrai que l’événement prend des allures de kermesse et qu’il est fort fréquenté par les expatriés. Alors wine festival, pourquoi pas?
C’est d’ailleurs peu dire que les anglophones sont en nombre, samedi, aux stands de dégustation. Et ce ne sont pas les exercices de prononciation qui les rebutent. Pas facile d’articuler viognier ou scheurebe sans fourcher la langue et se faire servir un gamay. Mais le cœur y est. Comme celui de John, huit ans à Genève et deux mots de français. «Je viens chaque année. C’est un must. Le meilleur événement du printemps. J’aime ce côté festif. J’achète de l’aligoté que j’apporte à ma mère en Angleterre.»
Anthropologie
En provenance de Nouvelle-Zélande, Dan a une approche plus anthropologique. «Chez moi, nous faisons des vins très différents, plus capiteux et aromatiques. Je viens ici pour comprendre vos vins, pour connaître vos goûts. C’est ma manière d’essayer de vous comprendre. Et ici, on m’explique tout cela de manière très informelle. Ce n’est pas intimidant.»
La vérité au fond du verre? En tout cas, l’événement est une formidable occasion de promouvoir Genève et son terroir. De caves en caves, il offre de superbes échappées dans les chemins agricoles sillonnés par les vélos. De Lucerne, Tobias Knüsel y a amené ses amis, qui tombent sous le charme. «On ne connaît de Genève que le Salon de l’auto et la douane de Bardonnex. Mais votre campagne est magnifique. Et chez nous, on ne trouve que du Fendant ou du Vaudois.» Alors, le vin genevois? Ils repartent le coffre de la voiture rempli de cartons.
Verre payant
Nouveauté cette année: il fallait payer son verre vide 5?francs. Utilisable partout pour des dégustations gratuites. Cela libère les cavistes de la corvée de vaisselle et les visiteurs de la tentation de partir avec. Un vigneron en a ainsi «perdu» 600 l’an passé.
Il y a deux manières de porter ce verre. Le matin, entre deux caves, il est suspendu à l’envers entre deux doigts, vide. L’après-midi, il est tenu à l’endroit, plein. Question de soif. D’un village à l’autre, les cyclistes l’accrochent à leur sac à dos. Et l’on voit aussi des promeneurs, arpenter les chemins de campagne, un verre à la main. Jusqu’à la prochaine cave. Bref, une édition réussie, qui avait en effet un petit air de festival.
Tous satisfaits
Lendemain de fête satisfait dans les caves. Les vignerons que nous avons contactés hier tirent un bilan très positif de la journée de samedi. D’autant plus que le beau temps était au rendez-vous. «Nous n’avons jamais eu autant de monde et les ventes ont été excellentes, se réjouit Yves Batardon Soral. Cette journée aura des répercussions très positives.»
Tous le disent: le système mis en place pour les verres a été bien accueilli. Très rares sont les personnes qui ont rechigné à dépenser 5?francs pour acheter leur verre de dégustation.
Echaudés par certains excès éthyliques l’année dernière, les viticulteurs ont mis en place une campagne de prévention, avec des affiches appelant à la modération. «Cela a bien fonctionné, affirme René Desbaillets. Il n’y a pas eu de botellón.» Echo identique dans d’autres communes.
Tous mentionnent la forte fréquentation des expatriés. «Ils ont des moyens. Même s’ils n’achètent pas forcément, ils garderont le bon réflexe quand ils commanderont une bouteille au restaurant», conclut René Desbaillets.
CB
? A Dardagny, au Domaine des Faunes, un concours attendait les visiteurs. Estimer le poids d’une énorme bouteille de pinot noir. Pour nos lecteurs qui sont passés par là, voici le résultat: 11 kilos. On appelle cette bouteille un «Mathusalem».