Une salle de 600 places pleine comme un œuf. Des invectives, des sifflets, des applaudissements. Onze candidats issus des partis représentés au Grand Conseil. Le débat organisé mercredi soir à Uni Dufour par la «Tribune de Genève» à l’occasion de l’élection du Conseil d’Etat a parfois ressemblé à un meeting de boxe.
A la dernière reprise de cette soirée en trois temps, David Hiler a pris la parole; le pugilat s’est alors transformé en une sorte de messe compassionnelle. Le ministre des Finances a prononcé des paroles qu’aucun élu de son rang n’avait dites avant lui. On parlait d’emploi, ce sujet qui fait bouillir ceux qui ont voté MCG et fustigent les frontaliers et leurs employeurs. Ils étaient nombreux dans la salle. «L’ouverture du marché local a fait pression sur certaines catégories», a d’abord lancé le candidat Vert. La déclaration a fait cesser les rumeurs. Puis, parlant du dumping salarial: «Nous n’avons pas pris d’emblée la mesure du problème que cela pouvait poser pour les personnes confrontées à des gens qui ont d’avantage de formation. On a tous fait faux. On a vu le problème après qu’il est survenu (…). Il est normal que les gens fassent entendre qu’ils ont été les sacrifiés de cette belle aventure.» Silence total. Pirouette du chef des Finances, qui avait prévenu: «Vous m’avez applaudi, préparez-vous à me siffler.» «Interdire les frontaliers relève du droit fédéral, et non cantonal, a-t-il asséné. Sans l’ouverture du marché local, nous serions de retour dans la situation des années?90, avec un déficit lourd et un taux de chômage élevé.»
David Hiler, meilleur élu du Grand Conseil, a ainsi dominé le débat, laissant les dix autres débatteurs à plusieurs coudées.
Dans la première partie, consacrée notamment aux questions de sécurité, les intervenants ont caressé la police dans le sens du poil. De la part d’Eric Stauffer, du MCG, parti qui compte plusieurs policiers dans sa députation, rien d’étonnant: «Il faut cesser de prendre les policiers pour des voyous et les voyous pour des victimes.» Gros succès auprès de ses troupes. «Il faut reconstruire le département de police sinistré autour d’une vision stratégique», a lancé l’UDC Yves Nidegger. Côté effectifs, François Longchamp juge qu’il faut 150 policiers supplémentaires alors que la socialiste Véronique Pürro juge qu’une réorganisation interne suffit pour remettre plus de policiers dans la rue.
Autre préoccupation des Genevois: le manque de logements. «Les dossiers avancent à un rythme lent qui est celui du dialogue avec les communes», a admis Mark Muller, conseiller d’Etat en charge des Constructions. Le libéral combat la vision ciblée sur les blocages: «Il y a une foule de petits projets qui aboutissent. Et sur les douze derniers mois, 2000 logements ont été autorisés.» Mark Muller a reconnu une erreur: avoir séparé, en début de législature, l’Aménagement du territoire (dicastère de Robert Cramer) et le sien.
Sa défense n’a pas convaincu Michèle Künzler. L’écologiste vise, en cas d’élection, le département du libéral: «Il faut changer de méthode, héritée des années 60. Actuellement, on planifie en Chambre! Je prône une méthode participative et consertative, comme dans bien des régions d’Europe.»