Conseil d'Etat

Pourquoi la campagne à l'exécutif vire à l'ennui

Par DAVID HAEBERLI le 26.10.2009 à 23:03

Les candidats à l’élection du Conseil d’Etat ont sagement attendu la rentrée des classes pour faire campagne. Un panel d’experts analyse l’immobilisme qu’observent, notamment, les ministres sortants. La «Tribune» organise demain soir un grand débat lors duquel les candidats ne pourront plus se défiler.

«D’une grande douceur — ou est-ce de la torpeur? —, nous voyons dérouler devant nos yeux la morne campagne au Conseil d’Etat.» Le constat vient de Benoît Genecand, président de la Chambre immobilière, constituant et membre du panel de huit experts que la Tribune a invités afin de commenter les élections cantonales de cet automne. Il aurait pu être dressé par bien des observateurs. Le 15 novembre, Genève choisira un nouveau gouvernement. La campagne, coupée par une semaine de vacances, frémit depuis hier. Les candidats font leur rentrée au rythme des écoliers.

Première raison à la torpeur ambiante: «Les cinq conseillers d’Etat qui se représentent jouent sur la prime au sortant», analyse Pascal Sciarini, directeur du département de sciences politiques de l’Université de Genève. En clair: en termes de notoriété et de crédibilité à occuper la fonction, tous les candidats ont plusieurs longueurs de retard sur Mark Muller, François ­Longchamp, Pierre-François ­Unger, David Hiler et Charles Beer, qui briguent un nouveau mandat.

Pourquoi ces messieurs s’épuiseraient-ils? C’est à leurs adversaires de le faire. «D’autant plus qu’il n’y a pas, parmi eux, de maillon faible comme Micheline Spoerri ou Gérard Ramseyer ont pu l’être précédemment, renchérit Pascal Sciarini. Pour leur propre réélection, c’est une bonne stratégie.» «La stratégie est limpide et jouée sans retenue: les sortants se tiennent les coudes et font assaut d’amabilités», ajoute Benoît Genecand.

Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, y voit autre chose que du pur calcul. «Le Conseil d’Etat a bien fonctionné pendant la législature qui se termine. Ses membres se respectent. Ils ne vont pas tomber dans l’invective maintenant. Ou alors, ils ruineraient un travail de quatre ans et risqueraient de faire passer leurs efforts de consensus pour de l’artifice. Voilà pourquoi nous ne sommes pas dans une campagne classique.» Mais le patron des patrons prévient: «Les quinze derniers jours sont les plus importants.»

Cette absence de campagne, Anne Reiser ne veut pas s’en contenter. L’avocate est donc allée voir les sites Internet des partis politiques, à la recherche de «directions et d’objectifs à atteindre». Sa déception a été grande. Libéraux et socialistes font des «panégyriques de la vie personnelle de leurs candidats, mais les électeurs y accordent peu d’importance» proteste-t-elle! Seuls les radicaux trouvent grâce à ses yeux: «Le projet est clair, les engagements explicites et une charte donne du crédit à l’ensemble.»

L’accès aux arguments des uns et des autres; Jean Liermier, directeur du Théâtre de Carouge a le même souci. «Les candidats, on les croise sur les trams, avec des slogans abstraits. Croient-ils aux messages subliminaux? Pour moi, le problème porte sur le mécanisme: à quel moment peut-on avoir accès aux idées? Comme si les candidats attendaient le dernier moment pour remporter le tout sur un effet de manches.»

Voilà pour la forme. Pour le fond, la campagne laisse aussi les observateurs sur leur faim. Blaise Matthey: «L’extrême gauche a fait savoir qu’elle ne prendrait pas position. Or c’est aux extrêmes que le débat se nourrit.» «La campagne est sous l’emprise des résultats de l’élection du Grand Conseil, regrette Alessandro Pelizzari, secrétaire régional Unia Genève. Le seul mouvement qui a su répondre aux inquiétudes des électeurs sur l’emploi et les salaires est le MCG, même s’il est aux antipodes de ce à quoi nous travaillons comme syndicat. L’absence de débat sur des thèmes est liée au bilan du Conseil d’Etat sortant: la crise sociale s’approfondit, le gouvernement n’a aucune politique industrielle et ses mesures de lutte contre le chômage tiennent de la chirurgie esthétique!»

Il ne reste que la sécurité!

Le thème de la sécurité, lui, est bien présent. La droite pourrait alors se profiler pour revendiquer la majorité au Conseil d’Etat. «Faire du sarkozysme et profiter des électeurs MCG et UDC? Ce serait imaginable, dit Pascal Sciarini. Mais j’ai l’impression que l’Entente a choisi l’autre stratégie: l’ouverture au centre, une tendance que l’on observe ailleurs. La chasse à ce que nous appelons «l’électeur médian», car c’est lui qui décide de la majorité». Allez, avec ça, mener des campagnes spectaculaires!


La «Tribune» fait débattre onze candidats

Ils seront onze devant vous, demain soir à 20?heures: onze candidats, huit hommes et trois femmes, qui visent les sept places du Conseil d’Etat. La ­Tribune de Genève organise ce mercredi à Uni Dufour, dans l’auditoire U600, le grand débat en vue de l’élection au Conseil d’Etat. Tous les prétendants ­issus des partis représentés au Grand Conseil ont accepté de participer. Ils et elles viendront s’expliquer sur leurs propositions pour les quatre prochaines années et diront pourquoi il faut les élire le 15 novembre.

Cinq participants siègent déjà au Conseil d’Etat et visent leur réélection: Charles Beer (PS), Mark Muller (lib), François Longchamp (rad), David Hiler (Verts) et Pierre-François Unger (PDC).

Six autres rêvent d’entrer à la Tour Baudet: Michèle Künzler (Verts), Véronique Pürro (PS), Isabel Rochat (lib), Eric Stauffer, Mauro Poggia (tous deux du MCG) et Yves Nidegger (UDC).

Logement, sécurité, mobilité: quelles solutions?

Répartis en trois groupes (deux de quatre personnes et un de trois), les débatteurs devront présenter leurs solutions dans trois grands domaines de la politique genevoise: la qualité de vie (logement, transports, mobilité, aménagement, etc.), la sécurité (organisation de la police, prévention et répression, prisons, etc.) et l’économie (chômage, formation, ­finances cantonales, etc.).

Questions du public

A l’issue des échanges, le public pourra à son tour poser des questions et adresser des remarques aux candidats. L’entrée au débat est libre.

Frédéric Julliard


Jugez les candidats vous-mêmes

La «Tribune de Genève» organise un débat à Uni Dufour demain soir, 20 h, salle U600.

La particularité est toute genevoise: un mois après l’élection du Grand Conseil a lieu celle du Conseil d’Etat. Entre les deux événements: une semaine de vacances scolaires plonge l’échange politique dans une ouate qui amortit les coups.

C’est donc une drôle de campagne qui commence réellement aujourd’hui, deux semaines avant l’échéance. C’est en tout cas ce que pense la plupart des nos huit experts. La Tribune de Genève a en effet invité huit membres de la société civile à commenter les élections automnales. Choisis pour leur excellence dans leurs domaines respectifs, ils interviennent régulièrement dans nos colonnes pour analyser le débat politique genevois. Aujourd’hui, nous leur avons donc demandé leur avis sur la campagne en vue du renouvellement du gouvernement, le 15 novembre.

Et vous, qu’en pensez-vous? Avez-vous déjà fait votre choix? Venez vous faire une idée plus précise des propositions de chaque camp pour gouverner Genève durant les quatre ans à venir en assistant, demain soir à 20?heures, au grand débat public que la Tribune de Genève organise à Uni Dufour.

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