Histoire genevoise

Brûlé deux fois, Servet aura sa statue à Genève grâce à Rémy Pagani

Par JF Mabut le 03.10.2011 à 12:00

Le premier bronze réalisé en 1908 par Clotilde Roch, une élève de Rodin, mais refusée par Genève, avait trouvé refuge à Annemasse.

Michel Servet aurait eu 500 ans le 29 septembre. Le théologien et médecin espagnol, brûlé vif à Champel le  27 octobre 1553, aura enfin droit à sa statue à Genève. C'est le conseiller administratif d'A Gauche toute, Rémy Pagani, qui a pris l'initiative de commémorer l'événement. Le maire de Genève, Pierre Maudet, est lui à Berne, où il donne une conférence de presse sur l'engagement citoyen des jeunes en tant que président de la Commission fédérale de la jeunesse.

L'œuvre en bronze, qui sera inaugurée ce lundi après-midi derrière l'hôpital cantonal, a été fondue à Saragosse selon le modèle original en plâtre de Clotilde Roch, une élève de Rodin.

C'est durant son année de mairie, en 2009, que le magistrat Pagani s'est pris de passion pour ce «dissident de la dissidence», comme il appelle Servet, devenue une des icônes des libres-penseurs. Servet contestait le dogme chrétien de la Trinité (un Dieu en trois personnes). Il n'était ni le premier ni le dernier à professer ce qui est une hérésie pour le pape de Rome, autant que pour le réformateur genevois Jean Calvin, alors pape de la Rome protestante. L'héritique fut d'ailleurs brûlé deux fois pour ça.

A XVIe siècle, on ne badinait pas avec la religion. Dès 1531, Servet doit changer de nom. Il sillonne l'Europe sous le patronyme de Michel de Villeneuve, du nom de sa ville natale Villanueva de Sigena située à 125 kilomètres au nord-ouest de Saragosse. Il entretient néanmoins une correspondance avec Calvin, dont on a conservé une trentaine de lettres. En 1553, il est à Vienne, au sud de Lyon. Son dernier bouquin nie la divinité du Christ. Trop c'est trop, un proche de Calvin le dénonce aux catholiques. Qui l'emprisonnent et le condamnent au bûcher. Il parvient à s'échapper. L'inquisition brûlera son effigie en place publique.

En route vers l'Italie, Servet passe par Genève. Pas de chance, il est reconnu, arrêté, condamné une deuxième fois aux flammes. Calvin, dit-on, se serait contenté de la décapitation, mais, avec la compagnie des pasteurs, le théocrate bataille ferme alors contre le Conseil de ville pour imposer son pouvoir et faire de Genève une cité réformée exemplaire. Les protestants de l'époque ne sont pas moins convaincus que les catholiques qu'il faut punir et éliminer les hérétiques.

Michel Servet y perd la vie, mais y gagne le statut d'icône de la liberté de pensée. Très vite la polémique enfle. Le réformateur Sébastien Castillon critique les protestants genevois. Plus tard Voltaire défendra sa cause. La « victime du protestantisme » empoisonne l'Eglise genevoise. En 1903, l'Eglise nationale fait  dresser une stèle expiatoire derrière l'hôpital sur les lieux du bûcher. Mais l'histoire ne s'arrête pas là.

Rémy Pagani s'est plongé dans la vie de Servet avec passion. A Saragosse, où un musée est consacré au théologien supplicié, on a inauguré en 2004 une statue de Servet pour le 450e anniversaire de sa mort et on prépare la commémoration du 500e de sa naissance. Une délégation débarque à Genève et s'étonne de n'y trouver aucune statue du médecin espagnol.

Un bronze a pourtant  bien été coulé au tout début du vingtième siècle par Clotilde Roch. Qu'est-il devenu? Rémy Pagani  tombe des nues et demande à ses services d'enquêter.

Tribulations des statues de Servet

Philippe Beuchat, conseiller en conservation de la ville de Genève raconte : « En 1902, la Ville a refusé l'œuvre de l'artiste qui avait exécuté le bronze à la demande d'un congrès international de libres-penseurs réuni à Genève. C'est la Ville d'Annemasse qui l'a récupéré.» Un pied de nez de la troisième république plutôt anticléricale à la Rome protestante ? C'est probable, remarque Sabine Maciol, archiviste de la Ville d'Annemasse.

Selon Philippe Beuchat, le plâtre original aurait été offert à Saragosse par la sculptrice ou l'un de ses parents. Les versions divergent sur ce point. Sabine Maciol se souvient que la commune de Saragosse a  demandé à Annemasse en 2003 l'autorisation de copier la statue de l'Hôtel-de-Ville. Une demande restée sans suite en raison des coûts de l'opération.

Servet fondue pour la guerre

Arrive la seconde guerre mondiale. L'œuvre de Roch est déboulonnée en 1941, fondue,  victime de la récupération des métaux. Vingt ans passent. La ville frontalière s'adresse à la famille de la sculptrice à Rolle. Coup de chance, elle a conservé un plâtre de Servet. Une nouvelle statue en bronze est réalisée. «Elle est légèrement plus petite, moins bien finie que le plâtre original conservé à Saragosse», analyse l'expert Philippe Beuchat, qui conclut : « La seconde statue de Servet installée à Annemasse est sans doute le résultat d'une première ébauche de l'artiste».

En 1988, le maire Robert Borrel, profitant de la réfection de la place de l'Hôtel-de-Ville, y fait dresser la statue. « Servet détourne son regard de Genève », remarque Sabine Maciol. L'archiviste connaît bien son sujet. Elle a organisé une exposition sur le libre penseur en 2008.

Inauguration à 14 heures, avenue de la Roseraie

Ce lundi 3 octobre 2011, à 14 heures, Rémy Pagani inaugurera la statue de Michel Servet à l'angle des avenues de la Roseraie et Beau-Séjour, en présence de M. De Frutos, Ambassadeur d'Espagne en Suisse, Mme Isabelle Graesslé, Directrice du Musée de la Réforme et de M. Jean Batou, Professeur d'histoire à l'Université de Lausanne.

La copie genevoise a été coulée à partir du plâtre original de Saragosse, mis gracieusement à la disposition des Genevois, note Etienne Lézat, directeur des relations extérieures de la Ville de Genève qui  s'est rendu sur place. Dernier clin d'œil de l'histoire, le bronze genevois sort de la même fonderie qui en 2004 a réalisé celui de Saragosse qui se dresse, devant l'hôpital Michel Servet,... avenue Isabel la Catholique.

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