«A quoi bon une loi antitabac si personne ne vérifie qu’elle est appliquée?» Un de nos lecteurs pose le problème: Genève a beau disposer d’une législation stricte interdisant de fumer dans les lieux publics, les récalcitrants ne semblent guère impressionnés et s’en tirent à bon compte. L’Etat assure que la loi est respectée dans la majorité des cas, mais admet n’avoir, à ce jour, délivré aucune amende. C’est donc en toute impunité que des cafés, des bistrots et des boîtes de nuit continuent de laisser fumer leurs clients… et d’enfumer leur personnel, que la loi de santé publique est censée protéger avant tout.
«Chez moi, c’est comme ça!»
«C’était un soir, je rentrais par la rue du Rhône et j’ai voulu boire un verre au Arthur’s, raconte Patrick Eberhardt. J’ai vu des cendriers sur les tables et des gens fumer des cigares ou des cigarettes. J’ai demandé à la serveuse s’il n’y avait pas une loi interdisant la fumée. Très gênée, elle a appelé son chef qui m’a dit: «Chez moi, c’est comme ça!» Il m’a orienté de l’autre côté du bar. Son arrogance m’a stupéfié, et ces employés m’ont fait beaucoup de peine», ajoute ce Genevois de 42?ans.
Selon Roland Terrier, président de la LDCGP (la Légitime défense des cafetiers genevois en péril), le café en question aurait reçu une amende de plusieurs centaines de francs. Le Arthur’s n’a pas répondu à nos nombreux appels.
D’autres bars, cafés ou restaurants bravent l’interdiction de fumer. Selon un opposant à la loi, il y en aurait une soixantaine. «Allez faire un tour à la Jonction, aux Eaux-Vives, aux Pâquis, vous verrez bien», invite-t-il. De leur côté, certaines boîtes de nuit permettraient toujours de fumer allégrement. «Ayant fréquenté le Java Club quatre cinq fois durant les deux derniers mois, déclare un lecteur, il y avait à chaque fois une cinquantaine de personnes qui fumaient à l’intérieur, à la vue de tous.» Lui comme d’autres jeunes évoquent aussi le MOA: «Les gens fument, on ferme les yeux.» Egalement cité, le Bypass est le seul à avoir retourné notre appel. Son propriétaire, Pierre Thomas, dément catégoriquement. «Nous avons reçu des contrôles et on nous a même félicités pour les mesures que nous avons prises. Si quelqu’un fume, on ne va pas lui taper dessus, mais nous avons retiré tous les cendriers et aménagé une terrasse extérieure chauffée. Elle est toujours pleine.»
Comment interpréter ces témoignages? La légèreté des amendes (de 100 à 1000?francs) et surtout le fait qu’elles tardent à tomber sont-ils perçus comme un encouragement à ignorer la loi? Le Département chargé de l’application de la loi s’en tient à une déclaration laconique. «L’Etat traite les rapports de dénonciation comme il se doit et selon la loi, nous avons reçu 18 rapports de dénonciation concernant des particuliers et 5 concernant des établissements (dont une boîte de nuit avertie deux fois), indique Elisabeth Debenay, responsable du Service de promotion de la santé. Les amendes seront prochainement adressées aux personnes concernées», promet-elle.