Les arts divinatoires sont-ils réservés aux crédules et aux compulsifs de la prédiction? «Certainement pas», rétorque Christine Rappaz-Lasserre, mathématicienne, diplômée de l’EPFL et médecin psychiatre. Un nombre incalculable de chefs d’entreprise recourent aux tests d’astrologie pour «caster» leurs futurs collaborateurs. Et les pythies contemporaines voient la file de leurs adeptes enfler en ces temps de big-bang économique.
Mais au pays des tireurs de cartes et autres jongleurs de thème astral, les profiteurs font florès. Alors? C’est pour limiter la casse que le docteur Christine Rappaz-Lasserre et l’astrologue journaliste, Sandra Gaudin ont décidé de trier le bon grain divinatoire de l’ivraie. Elles publient Guide des meilleurs astrologues et voyants, aux Editions Favre, avec 150 adresses testées en Suisse, en France et en Belgique. L’ouvrage connaît un démarrage en trombe.
Science chahutée?
Pourquoi la scientifique a-t-elle plongé dans le bain prophétique? «Parce que beaucoup de mes patients font appel à des voyants», affirme-t-elle. Avant d’ajouter avoir parfois été confondue par la pertinence des observations comportementales faites par les astrologues. «Elles étaient proches de mes propres constats.»
Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, la psychiatre s’est soumise à la consultation. Objectif: participer avec sa coauteur à une sélection parmi les 500 praticiens mis sur le gril. Résultat: l’ouvrage ne consigne que ceux qui offrent le meilleur rapport qualités humaines/prix.
Car la cartésienne refuse de s’engager sur les prédictions. En revanche, elle assure que tout ce qui s’échange dans les cabinets des parapsy n’est pas à jeter à la corbeille. «Loin s’en faut. L’astrologie, par exemple, a mis au point des outils, tests de personnalité performants.»
Performants au point que certains dirigeants utilisent ces méthodes pour recruter du personnel. Quand ils ne puisent pas dans des techniques de numérologie ou d’astrologie pour établir la stratégie à venir de leur entreprise.
Crise existentielle
L’exploration ésotérique (on estime à 400?000, le nombre de consultations annuelles en Suisse romande) n’est pas l’apanage d’une classe sociale. C’est en tout cas ce que prétendent la plupart des praticiens. Politiciens bon teint, stars du show-biz et consultants lambda se succèdent dans les cabinets de divination.
Les scientifiques, quoique rompus à l’exercice de la preuve, n’échappent pas à la règle. A l’instar de Sylvie, biologiste dans un laboratoire d’analyses. «En consultant une cartomancienne, je ne m’attendais pas à découvrir mon avenir. En vérité, j’avais quelques difficultés à refaire surface après une rupture sentimentale. La jeune femme qui m’a reçue m’a longuement écoutée. Sans doute avais-je besoin de prendre le temps d’expurger ma rancœur auprès d’une personne neutre, étrangère à ma vie. Je reconnais que cette discussion m’a apporté du réconfort.»
Et c’est sans doute ces échanges qui participent à la bonne fortune des pros de la boule de cristal et du marc de café. Un peu à l’instar des sorciers africains. Comme le relève Boris Wastiau, directeur du Musée d’ethnographie à Genève, qui a longuement étudié le phénomène en Angola, Zambie et au Congo. «Jouissant d’un statut privilégié, ils sont investis d’un véritable rôle social. Leur vocation ne consiste pas à prédire l’avenir mais à trouver l’origine d’un dysfonctionnement: conflits, maladies ou succession d’événements mystérieux», dit-il. La pratique n’est pas sur le déclin. Au contraire, les sorciers africains continuent aujourd’hui encore à être consultés par la population, élite urbaine y compris.
Les clés pour éviter les pièges
Comment éviter les pièges? Conseils prodigués par Sandra Gaudin, coauteur du «Guides des meilleurs astrologues et voyants».
Eviter de s’en remettre aux marabouts exerçant leurs talents sous nos latitudes et pratiquant des tarifs exponentiels.
Se limiter à une consultation par an sinon on peut sombrer dans la dépendance.
Ne pas recourir aux pseudo-voyants, as de la téléphonie, qui usent de numéros surtaxés. La conversation s’éternise, le compteur s’emballe et la facture s’allonge.
Mieux vaut ne pas s’en remettre béatement au voyant. Sans quoi, on reste dans l’attente que la prédiction se réalise en omettant d’agir.
Garder à l’esprit que nul n’est infaillible. Ce que les praticiens sérieux précisent.
ADG