«Je leur ai tendu la main, ils m’ont coupé les doigts.» Le magistrat MCG Thierry Cerutti n’est jamais à court de formules chocs quand il évoque ses relations avec ses deux collègues de l’Exécutif de Vernier. A l’entendre, il a été «ostracisé, mis en cage» mais «je ne me laisse pas faire et je mords».
Que répondent ses deux «chers» collègues de la mairie, le socialiste Thierry Apothéloz et le Vert Yvan Rochat? Ils commencent par soupirer et lever les yeux au ciel. Avant de cracher le morceau. Selon eux, Cerutti est un cauchemar pour la collégialité. «Il n’est pas loyal. Il n’arrête pas de dénigrer le Conseil administratif et joue constamment sa carte personnelle. C’est néfaste pour les institutions.»
Cette guerre ouverte à la Mairie n’est déjà pas banale en soi. Mais elle a quitté la dimension personnelle pour entraîner un vaste big-bang politique qui a suscité la stupeur dans tout le canton. De quoi parle-t-on? Des alliances interpartis inédites, pour ne pas dire extravagantes, qui se sont formées en vue des élections du 17 avril et ont rendu fous les états-majors cantonaux des partis politiques.
Les libéraux locaux ont ouvert les feux. Pour «résoudre» le problème Cerutti et rendre Vernier «à nouveau gouvernable», ils ont décidé de sceller une alliance avec… les socialistes et les Verts. Les militants de base des trois partis ont suivi à une écrasante majorité. Du jamais-vu. Contre-attaque immédiate du camp d’en face: le MCG pactise avec l’UDC et les radicaux, et annonce sa volonté de renverser cette majorité de gauche «qui n’est pas à l’écoute des citoyens».
Nous assistons donc à un choc frontal entre deux trios dépareillés. Une sensation sur le plan cantonal. Surtout que certains présidents de partis cantonaux ont dû avaler leur chapeau. Le président du Parti libéral, Cyril Aellen, voit d’un très mauvais œil qu’un de ses membres, Pierre Ronget, figure sur un ticket avec des conseillers administratifs de gauche. Son homologue radical, Patrick Malek-Asghar, se fâche tout rouge quand il apprend que François Ambrosio (rad) part en campagne avec l’UDC Christina Meissner et un conseiller administratif MCG. Il a d’ailleurs engagé une procédure d’exclusion à l’égard de son mouton noir.
En attendant, la campagne électorale bat son plein à Vernier. Cette ville de 33?000 habitants, de la taille de Neuchâtel, est véritablement peu commune dans tous les sens du terme. D’abord, elle n’a pas de véritable centre. Elle se décline en différents quartiers (Le Lignon, Les Avanchets, Les Libellules, Vernier village, Châtelaine). Mais surtout, il n’y a pas de sentiment d’appartenance à une commune. Chaque habitant se réclame de son quartier et ne sait pas trop ce qui se passe dans l’entité voisine. Il faut dire que la commune est une hérésie urbanistique pour le «vivre ensemble». Elle est traversée par des grands axes routiers de transit. Cette topographie physique et mentale oblige la mairie à multiplier les institutions par cinq. Les candidats, eux, se démultiplient pour vanter leur programme, qui tourne autour de l’aménagement et de la sécurité physique, sociale ou environnementale (voir ci-dessous les propositions de chaque camp). Nous n’avons pas retenu les deux candidats solitaires PDC en lice car ce parti a disparu du Municipal.
Un favori mathématique
Quel trio va-t-il remporter la majorité dimanche 17 avril? Disons que la gauche part avec un avantage arithmétique. Si on cumule les voix des socialistes, des Verts et des libéraux obtenues le 13 mars on arrive au chiffre de 54,1% des voix. Si on fait le même exercice côté MCG-UDC-radicaux, le total se monte à seulement 39,3%. Mais une élection à la Mairie n’est pas une simple équation mathématique. La personnalité et l’aura des candidats jouent un grand rôle. Et puis, il faudra observer si les alliances taboues passées par les partis sont goûtées par les électeurs. Un test très intéressant au niveau cantonal. Si le trio de gauche-libéral passe, cela démontrera qu’un front anti-MCG déterminé est efficace. A l’inverse, si le MCG et l’UDC par exemple s’imposent, cela ouvre des perspectives d’alliance sur tout le canton pour ces deux partis.
Sachant que les deux grands partis de la commune, et de loin, sont le PS et le MCG, que se passera-t-il si le trio infernal Apothéloz, Cerutti et Rochat est reconduit à la Mairie? Est-ce l’explosion finale garantie? Pas du tout. Et là, pour une fois les deux Thierry sont d’accord. Aussi bien le MCG Cerutti que le maire PS Apothéloz préconisent la même mesure: un week-end au vert à trois pour crever l’abcès et repartir sur des bases saines. Alléluia, les miracles existent aussi à Vernier!