La crise financière fait sortir du bois une nouvelle sorte de fondus d’ésotérisme: les banquiers, financiers et autres courtiers se fieraient de plus en plus aux conseils de voyants spécialisés en gros sous. Inquiets pour leurs postes ou leurs affaires, certains rôdent même incognito du côté du Salon de la voyance de Palexpo. A l’image d’Olivier, qui officie dans l’immobilier haut de gamme. Du haut de ses 70?ans passés, ce courtier genevois allie l’expérience façon Grand Schtroumpf au bagout d’un jeune loup de la finance. Mais sa véritable méthode, il préfère la taire à ses clients. Quels riches propriétaires souhaiteraient apprendre que la vente de leur bien se décide en partie devant un jeu de tarot?
Les prédictions s’avèrent à plus de 80%
«Je consulte régulièrement depuis deux ou trois ans, explique Olivier. Au début, j’étais sceptique, comme tout le monde. Mais je me suis rapidement rendu compte que les deux voyants chez qui j’ai mes habitudes me livrent des prédictions qui s’avèrent dans 80 à 90% des cas! Et comme on dit, dès que ça dépasse 50%, c’est qu’il s’agit d’une bonne moyenne…»
Parmi les vingt-trois voyants réunis sous la Halle 10 jusqu’au 17 mai, quelques-uns seulement se déclarent «spécialisés en affaires». Comme la belle Maude, 33?ans, ex-financière reconvertie. Après de brillantes études aux Etats-Unis, elle a travaillé durant quatre ans dans le secteur bancaire privé.
Rapidement, ses supérieurs ont vent de son attirance pour les tarots et la nombrologie (une technique de divination par le langage des chiffres) et lui demandent de «voir ce qu’elle peut» dans deux ou trois délicates affaires de hedge funds. Banco. Ses prédictions se vérifient, même à moyen ou long terme… Elle décide de laisser derrière elle un salaire et un emploi confortables et ouvre son cabinet de tarologie. Petite fierté tout de même: aujourd’hui, elle compte parmi ses clients réguliers ses anciens patrons et collègues.
Des CV qui passent entre les mains des voyants
Mais qui sont ces hommes d’affaires qui hantent les cabinets occultes? «Ceux qui viennent me voir sont haut placés: des directeurs d’entreprises, des patrons, des cadres supérieurs», confirme la voyante. Elle assure que la crise a boosté les consultations: «Une des premières questions que posent mes clients concerne la sécurité de leur emploi. Vient seulement ensuite le réel motif de leur visite: un dossier épineux, un investissement à risque, une hésitation à l’embauche…» Car en ces temps troublés, le recrutement aussi semble relever de l’art divinatoire. C’est qu’il faut savoir miser d’entrée de jeu sur le bon cheval.
On savait certaines entreprises friandes d’astrologie lorsqu’il s’agissait de choisir entre plusieurs concurrents à un même poste. Mais voilà qu’elles vont jusqu’à glisser des curriculum vitae entre les mains de «devins» estampillés spécialistes. Ossine, 49?ans, présent lui aussi au Salon de la voyance, ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Clairvoyant depuis vingt-trois?ans, il a en parallèle créé son entreprise de consulting en ressources humaines. «Mes clients me consultent à la fois pour mes dons en ce qui concerne les affaires immobilières et les start-up, mais également pour retravailler leur organigramme, redynamiser leur entreprise», explique le truculent entrepreneur.
Pas de dossiers malsains
Ses clients? De grands noms de la place: du groupe pharmaceutique aux régies immobilières reconnues en passant par les richissimes particuliers. Pour asseoir ses propos, il dégaine une pile de dossiers: des plans, des photos d’immeubles, de villas et des colonnes de sommes exorbitantes… Le tout flanqué du sceau du secret, bien sûr: ses habitués ne tiennent pas à ce que le Tout-Genève apprenne qu’ils consultent un voyant… Et qu’en est-il des demandes aux motivations douteuses, voire carrément malsaines? Nos deux professionnels affirment les «sentir» immédiatement et refusent de traiter le dossier. «Il ne faut pas jouer les saintes-nitouches: dans le domaine de la spéculation, une grande partie des affaires sent le soufre. Il s’agit de rester ferme», avance Ossine. Reste à savoir si les directeurs d’UBS ont eux aussi consulté un voyant ou s’ils auraient simplement mieux fait d’y penser.
Salon de la voyance, jusqu’au 17 mai à Palexpo. Entrée gratuite. Consultation: 100?francs.