DIPLOMATIE

Ban Ki-moon de plus en plus contesté. L’ONU en panne?

Par ALAIN JOURDAN le 24.08.2009 à 00:00

Arrivé à mi-mandat, le Coréen peine à prendre ses marques sur la scène internationale. Son action subit un assaut de critiques.

Il est présent partout, se déplace, fait des discours, serre des mains, ne passe pas une semaine sans rencontrer un chef d’Etat. Et pourtant il est absent. Ban Ki-moon n’a pas trouvé les mots. Pour exister sur la scène internationale, il faut du charisme et une forte personnalité. Le Coréen est
effacé et discret. «Humble», reconnaît-il lui-même. Un style qui ne colle pas avec le job.

Depuis quelques semaines, les critiques fusent. Le 14 juillet dernier, le Wall Street Journal a consacré un long article intitulé «L’homme invisible de l’ONU». S’il connaît bien les rouages de la machine onusienne et de la diplomatie internationale, Ban Ki-moon, 65?ans, reste selon ses détracteurs un personnage «ennuyeux» et «inefficace». Bref, un bureaucrate à comparer de son prédécesseur, Kofi Annan, qualifié de «rock star de la diplomatie» par Richard Holbrooke, ancien ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU.

A New York comme à Genève, on redoute que le désenchantement d’une partie de la communauté internationale à l’égard de Ban Ki-moon ne se transforme en critiques à l’encontre de l’institution. Sur son rôle, son utilité, son efficacité… Un secrétaire général faible, cela ne peut pas tomber plus mal. Surtout qu’une autre organisation, l’OTAN, s’emploie depuis quelques années à marcher sur ses plates-bandes.

Les diplomates commencent à se plaindre de cette situation. La semaine dernière, le journal norvégien Aftenposten a dévoilé le contenu d’un rapport adressé par le numéro deux de la délégation norvégienne à l’ONU, Mona Juul, à son ministère de tutelle. Ce n’est pas seulement le manque de charisme et de leadership de Ban Ki-moon qui est mis en cause, mais son comportement.

L’homme reste incompris

«Ban a régulièrement des coups de sang que même ses collaborateurs doués de sang-froid et de beaucoup d’expérience peinent à gérer», raconte Mona Juul alors que Ban Ki-moon est attendu en Norvège pour une visite officielle dans les prochains jours. «Plus décevant, ajoute la diplomate, Ban Ki-moon est quasi absent sur la question du désarmement et de la non-prolifération.»

Si l’entourage du secrétaire général de l’ONU s’emploie à souligner son engagement autour de la question du changement climatique, il passe sur les échecs et les maladresses. La Conférence sur le désarmement qui siège à Genève n’est pas parvenue, ces derniers jours, à dégager de consensus autour d’un agenda. Six mois de discussions acharnées viennent de tomber à l’eau. Une gabegie diplomatique. La plupart des délégations se disent découragées.

Certains compartiments de la machine onusienne semblent en panne. Ban Ki-moon n’a pas su impulser un nouveau souffle. Mais il n’y a pas que sur la question du désarmement qu’il ne convainc pas. On ne l’a pas senti assez intransigeant sur la question des droits de l’homme, et son approche des crises au Darfour, au Sri Lanka ou en Birmanie laisse perplexe. Ban Ki-moon répète qu’il n’est certes pas un homme aussi médiatique que son prédécesseur mais qu’il faudra le juger sur son action.

L’homme reste incompris. Beaucoup le préféreraient plus irrévérencieux. Alors que de nombreux chef d’Etat ont renoncé à adresser leurs félicitations à Mahmoud Ahmadinejad pour sa réélection compte tenu des violences qui l’ont accompagnée, Ban Ki-moon s’est fendu d’une lettre de félicitations officielle comme si de rien n’était.


 

Le désarmement dans l’impasse

En août, le Pakistan s’est opposé aux modalités d’application du programme de travail établi par la Conférence du désarmement de l’ONU en mai dernier, bloquant la reprise des négociations sur le nucléaire au sein de l’organisation soumise à la règle de l’unanimité.

Le Pakistan a estimé que «des questions de procédures» étaient à revoir dans le texte établissant les noms des responsables des groupes de travail et a demandé de nouvelles consultations sur le sujet. L’objection pakistanaise a provoqué la surprise et la déception de la communauté internationale. Elle vient bloquer à nouveau la Conférence.

Profitant du nouveau climat instauré par le président américain Barack Obama, la Conférence était sortie le 29 mai de douze ans de léthargie en adoptant pour la première fois depuis 1996 un programme de négociations sur les matières fissiles, l’armement dans l’espace et le désarmement nucléaire.

AJ, AVEC AFP

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