Ils sont flambant neufs, les rails du futur tram de Bernex, déjà posés sur les rues de Coutance et de Cornavin. Depuis des mois, ils n’attendent que de bondir à travers la place des Vingt-Deux-Cantons pour rallier les structures ferroviaires en service devant la gare. Selon le programme initial, cette partie du chantier aurait dû être déjà lancée l’automne dernier. Elle a ensuite été repoussée à l’hiver. Mais elle devra encore patienter jusqu’à la belle saison.
Ces reports sont révélateurs. Les responsables du chantier TCOB (Tram Cornavin-Onex-Bernex) ont toujours su que ce raccordement serait l’étape la plus délicate pour le trafic existant. Or, certaines phases précédentes ont déjà semé le chaos: l’impact de la fermeture des ponts de l’Ile au trafic privé a surpris les responsables de l’ouvrage; et leurs efforts pour limiter l’effet des travaux, route de Chancy, n’ont pas empêché d’importants engorgements.
Croisée des chemins
D’où leur prudence à l’heure d’aborder la zone si centrale de la gare. Pour le trafic motorisé, le site est stratégique: l’axe est-ouest qui traverse la ville par le pont du Mont-Blanc y rejoint la petite ceinture qui entoure le cœur historique de Genève.
Cornavin est aussi un pôle majeur des transports publics. Et, pour ne rien arranger, la gare se lance justement cette année dans une réfection qui durera trois ans et demi. La concentration des travaux sur un seul été procède d’une volonté de «réduire autant que possible les nuisances», selon l’ingénieur cantonal René Leutwyler. «C’est faisable, assure-t-il. On mobilisera un maximum d’ouvriers dans ce secteur, quitte à délaisser provisoirement d’autres tronçons du TCOB. On envisage des horaires de travail prolongés, jusqu’en soirée. Mais on doit aussi penser aux nombreux hôtels voisins.»
Dans le détail, les nouveaux rails provenant de Bel-Air doivent être raccordés, devant l’entrée de la basilique Notre-Dame, à la ligne existante venant des Terreaux-du-Temple. Après avoir contourné le sanctuaire, la voie traversera à nouveau la place des Vingt-Deux-Cantons pour repartir dans la rue de Coutance. Une boucle de service, permettant d’encercler la basilique, doit aussi être créée. Les travaux exigent donc de franchir à deux reprises le carrefour et de retoucher le nœud ferroviaire existant. Le tout, avec une minutie d’orfèvre: «Le génie ferroviaire travaille au millimètre, explique René Leutwyler. Pour éviter tout déraillement, on doit reprendre le profil de la chaussée, corriger des pentes, ce qui force à intervenir bien au-delà des rails.»
Bouchons à l’horizon
Huit scénarios du phasage exact des travaux sont déjà établis. D’autres sont à l’étude. On tranchera en mars ou avril. Le coup d’envoi sera donné en juin.
Place des Vingt-Deux-Cantons, le trafic privé sera affecté. Une circulation importante: selon les comptages officiels, 20?800 véhicules s’écoulent en moyenne chaque jour ouvrable du carrefour en direction du lac par la rue de Chantepoulet. Les travaux forceront à fermer des voies, mais le trafic ne sera jamais coupé, les déviations possibles n’étant pas légion. «On doit faire en sorte que les gens puissent survivre, assène René Leutwyler. Il y aura sûrement des bouchons. Mais l’accalmie estivale devrait les limiter. On constate, en période de vacances, qu’une réduction passagère de 10 ou 15% du trafic suffit à fluidifier passablement la circulation.»
Trams: impact jusqu’à Meyrin et Nations
Les voitures ne seront pas seules à subir le chantier. Les quatre lignes de tram existantes qui desservent Cornavin seront interrompues, provisoirement, et remplacées par des bus sur certains tronçons. En effet, la jonction des nouveaux rails oblige à refaire une partie du système d’aiguillage autour de la basilique. «Ces perturbations auront lieu sur plusieurs week-ends ainsi que sur cinq jours ouvrables courant juillet», indique Isabel Pereira, porte-parole des TPG. En l’absence de boucles de rebroussement, il faudra faire circuler des bus sur les tronçons reliant Plainpalais à la place des Nations d’une part et Meyrin d’autre part.
La Régie publique va devoir s’organiser. Mais elle aborde cette mission «avec confiance», selon son attachée de presse. «Nous sommes habitués à de telles opérations, notamment lors de travaux sur les voies, voire lors d’incidents imprévus», rassure Isabel Pereira.
A nouveau, la période vacancière, avec ses horaires réduits, facilite la manœuvre: «Cela nous assure d’avoir suffisamment de véhicules à disposition, poursuit-elle. Un bus transportant moins de passagers qu’un tram, il en faut davantage que le nombre de convois ferroviaires que l’on supprime.»
Cela implique aussi de disposer de davantage de conducteurs. «Dans de tels cas, on lance des appels à volontaires. Les professionnels qui acceptent de se mobiliser récupèrent leur congé à un autre moment de l’année.»
Les TPG n’auront décidément pas une vie de tout repos dans le secteur, puisqu’ils doivent aussi faire coexister leur plate-forme d’échange avec la gare CFF voisine, laquelle entame dans dix jours une rénovation massive qui s’étendra jusqu’en 2013. Ce chantier ayant une emprise sur l’extérieur de l’édifice, les TPG ont déjà dû déplacer certains arrêts. Depuis décembre, les lignes de bus F, V et Z ne circulent plus place Cornavin. Leur terminus a été transféré rue des Gares.
Des travaux sur 6,5 kilomètres
Si le chantier TCOB se concentre sur Cornavin cet été, il progressera ailleurs dans le canton en 2010.
?Le tram de Bernex entre dans sa deuxième année de travaux. L’objectif est de mettre l’infrastructure en service en décembre 2011. «Le programme est tenu», se félicite René Leutwyler qui, après avoir été chef de projet pour cet ouvrage, vient d’être nommé ingénieur cantonal. Morceau de bravoure du chantier, les ponts de l’Ile connaîtront en 2010 l’achèvement de leur nouvelle partie aval. En fin d’année, on y basculera tout le trafic. On pourra alors démolir et rebâtir la partie amont, celle qui accueillera la nouvelle ligne.
?La route de Chancy restera perturbée cette année: les travaux se poursuivent sur cet axe qui accueille la plus grande partie du nouveau tronçon ferroviaire de 6?kilomètres et demi. Le quartier de la Jonction, déjà chamboulé, commencera à voir des rails apparaître. En deuxième partie d’année, le trafic de transit deviendra provisoirement impossible sur la rue du Stand, même si l’accessibilité des riverains restera garantie. La cause de cet écueil? Non pas le tram, mais un autre chantier avec lequel il importe d’être coordonné, celui de la décontamination du site d’Artamis.