Si la musique adoucit les mœurs, la chanson favorise l’apprentissage d’une langue. Parole de chargées de cours à l’Université de Genève. Martine Lenoble et Nadine Bordessoule viennent de publier un CD de vingt chansons extraites de la discographie d’artistes romands. Comme Jacky Lagger, Yoanna ou le groupe Bricojardin. Fondue déchaînée, c’est le titre de l’album, sera disponible (gracieusement) dans les bonnes médiathèques, services, écoles, médias de l’Instruction publique ainsi que dans les alma mater de Genève, Lausanne et Neuchâtel. Décodage avec l’une des faiseuses de leçons musicalo-littéraires.
Textes emblématiques
Les chansons issues des registres autochtones ont des vertus pédagogiques. L’axiome s’est imposé, il y a deux ans, aux deux chargées d’enseignement de l’Ecole de langue et de civilisation françaises. «Nous étions d’autant plus convaincues que nos collègues français, belges et canadiens avaient déjà expérimenté le concept.» Ensuite? Il a fallu explorer l’index suisse romand. Et extraire quelques textes dont les libellés soient emblématiques de la langue de Molière.
Côté casting: Jacky Lagger, Yoanna, Thierry Romanens, Nour, Bricojardin, Christophe Pochon, K, Vé, Béa et Kisling. La liste est exhaustive. Bon prince, chaque auteur a généreusement offert deux titres.
Amour, école et écologie
Et les ritournelles parlent de quoi? Dans le désordre: d’amour, d’école, d’avenir, de tristesse, de supermarché, d’écologie et de contes de fées. Voilà pour la partie récréative. Passons maintenant à la méthode. Chaque ballade est savamment décortiquée. Il s’agit, in fine, de gonfler le champ lexical des élèves. Donc, les définitions sont consignées dans le livret édité avec le CD. Non, ce n’est pas tout. Les universitaires ont aussi développé quelques activités propres à faciliter la compréhension et la mémorisation du vocabulaire. «Toutes les acquisitions de savoirs passent par des exercices de sensibilisation, histoire de mettre les sens des étudiants en éveil. Nous n’avons pas voulu faire exception à la règle», souligne encore Martine Lenoble. En fin de chapitre, les forts en thème sont renvoyés vers d’autres lectures sur le même sujet.
Francophones ou pas
A qui s’adresse cette version rythmée de l’apprentissage du français? Aux élèves de nos écoles (jusqu’à la fin du Cycle). «Et aux non-francophones, le document est classé par degrés, débutant, intermédiaire», détaille la coconceptrice.
Et ça marche? Fondue déchaînée, un titre sciemment estampillé Helvétie pur sucre, sera disponible en janvier. Mais les experts en linguistique, qui ont déjà jaugé le procédé dans d’autres contrées, jugent l’expérience cérébralement positive.
Conquête suisse alémanique
Alors? Pas question de s’arrêter en si bon chemin. Si la sauce musicale prend, Martine Lenoble et Nadine Bordessoule ont la ferme intention de compléter la collection naissante. Et puis de conquérir la Suisse alémanique.
Mélodie et neurones
Apprendre en se divertissant, l’idée n’est pas nouvelle. Elle fait même école depuis quelques décennies. L’aspect répétitif, entraînant d’une mélodie, favorise l’imprégnation neuronale. C’est en tout cas ce qu’explique en substance Martine Lenoble. Quel latiniste laborieux a oublié la déclinaison de Rosa, rosa, rosam… opportunément scandée par un Jacques Brel un rien grinçant sur la chose scolaire?