Hier matin, une centaine de personnes ont été évacuées de plusieurs bâtiments du secteur de la Praille, près des Ports Francs. Entreposés dans un dépôt de l’entreprise de transports Planzer, quatre fûts contenant un produit chimique inflammable, le nitrite d’amyle, ont gonflé sous l’effet de la chaleur, présentant des risques d’explosion.
L’alerte a été donnée vers 7h par la société de transports des fûts. Cinq véhicules et dix-huit hommes du Service d’incendie et de secours (SIS), démineurs et policiers se rendent sur les lieux. Le nitrite d’amyle, qui ne doit normalement pas être exposé à une température supérieure à 8?degrés, est entreposé dans une halle où il en fait 27. Afin d’éviter que les fûts n’éclatent et que leur contenu se répande, il faut rapidement les refroidir.
Ces récipients sont tout d’abord attachés entre eux et évacués de la halle. L’opération est risquée: «Ce produit est très sensible à la chaleur», explique le capitaine Michel Bernard, du SIS. Entreposés devant le bâtiment, les fûts sont arrosés, au rythme de 2000 litres d’eau par minute. De 27?degrés, leur température tombe à 17.
Pour l’abaisser encore davantage, les hommes du SIS se rendent à la gare frigorifique de Meyrin afin de se procurer de la glace, qu’ils entreposent sur les fûts. Appelés en renfort, la réaction chimique du produit étant mal connue, des spécialistes venus de Gamsen (Brigue), fabricants du nitrite d’amyle en question, se chargent de dégazer les récipients et de vérifier si leur contenu n’a pas été dégradé. Endommagés, les fûts sont finalement pris en charge par une entreprise afin d’être transvasés.
Par mesure de précaution, les bâtiments à proximité du dépôt Planzer ont été évacués vers 11h30 et un secteur de 400?mètres a été bouclé jusque vers 15h. «La police est venue nous dire qu’il fallait partir, explique Claude, posté près du parking de l’Etoile comme de nombreux travailleurs, attendant de pouvoir réintégrer son bureau. Nous sommes partis un peu en catastrophe, ne sachant pas à quoi nous attendre.» Pourquoi l’évacuation n’a-t-elle pas eu lieu plus tôt? «Les informations sur le produit sont venues plus tard, continue Michel Bernard. Nous pensions au début qu’il s’agissait d’un simple solvant.» Sur Internet, il est indiqué que le nitrite d’amyle, aux propriétés vasodilatatrices, est notamment utilisé pour la fabrication du poppers, une drogue récréative utilisée dans les milieux homosexuels.
Enquête en cours
Autre question: pourquoi les fûts étaient-ils exposés aux températures estivales plutôt que d’être stockés dans un local approprié? L’enquête du groupe transports et environnement de la police déterminera s’il y a eu ou non négligence dans cette affaire.