Les quatre étudiants ont toujours clamé leur innocence. Ils ont répété qu’ils n’étaient pas sur les lieux du prétendu viol et que la plaignante devait faire erreur. Qu’à cela ne tienne, l’an dernier, ces quatre jeunes ont été arrêtés, menottés, auditionnés, inculpés et détenus deux jours en cellule.
Après avoir subi neuf mois de procédure pour viol, séquestration et enlèvement, ils viennent d’être blanchis par la justice qui classe la plainte déposée contre eux par une femme. Selon l’ordonnance de classement, que nous nous sommes procuré, aucun profil ADN masculin n’a été retrouvé sur la plaignante. Et durant les faits dénoncés, les prévenus étaient visiblement à la maison, en cours, au supermarché ou à la banque…
Que s’est-il passé cet après-midi du 15 décembre 2010 lorsque la plaignante a été retrouvée dans la rue à Champel, en état de choc, les habits déchirés? Mystère. Hospitalisée, elle présente des lésions, notamment gynécologiques. La patiente affirme avoir été abusée sexuellement par des jeunes qui lui en voulaient parce qu’elle venait de résilier leur contrat de sous-location. Selon sa plainte, elle a été frappée, ligotée, bâillonnée avec du papier adhésif. Les jeunes l’auraient griffée à l’entrejambe avant de la violer. «Avec préservatif», précise-t-elle. L’enquête démarre vite. Trop vite? L’accusation s’effrite. La police ne retrouve pas de scotch sur les lieux du prétendu viol ni le bout de dent qu’elle dit avoir perdu dans l’appartement durant l’agression. Les jeunes, défendus par Mes Meier, Fedele, Vafadar et Rusca, invoquent des alibis confirmés peu à peu par d’autres pièces, notamment des photos où on les voit effectuer des retraits bancaires alors que, selon la plaignante, ils devaient être en train de commettre leurs méfaits. Du côté de la défense, on s’inquiète rapidement de «l’emballement de la machine judiciaire et du vide abyssal du dossier».
Aujourd’hui, le classement, par la procureure Sethi-Karam, leur donne raison. A en croire les conclusions de l’enquête, corroborée par un médecin, la femme souffre de troubles psychiques et aurait pu s’automutiler: des lésions gynécologiques ont bel et bien été constatées, certaines antérieures aux faits annoncés. Le Parquet, qui met les frais de la procédure à la charge de l’Etat, conclut qu’il n’existe pas de soupçons justifiant la mise en accusation des prévenus. «Nous demanderons des réparations, même pour un franc symbolique, afin de dénoncer l’injustice subie, relève Me Nicola Meier. Mon client a été choqué, il a dû repasser ses examens après avoir échoué en raison du poids de la procédure.» Me?Rusca, qui a repris cette affaire en cours de route, relève que son mandant «se sent enfin blanchi par le système qui l’avait broyé il y a presque dix mois».
La femme, qui est sous le coup d’une plainte pour dénonciation calomnieuse, a recouru ce mois contre l’ordonnance de classement via sa nouvelle avocate, Me?Saskia Ditisheim: «Ma cliente est effondrée et choquée. Selon nous, l’instruction n’est pas terminée. Des témoins clés n’ont pas été entendus et des preuves n’ont pas été rassemblées. A ce stade déjà, les prévenus auraient pu être renvoyés en jugement. Comment ignorer le constat médical faisant état de lésions sur tout le corps et d’un stress post-traumatique sévère dû à l’agression? Cette ordonnance est un exemple des travers du nouveau code de procédure couplé au dysfonctionnement du Ministère public.»