Après deux mois d’hibernation, l’accélérateur de particules le plus puissant du monde, le Grand Collisionneur de hadrons de l’Organisation européenne de recherche nucléaire (CERN), a repris du service cette nuit. Dimanche à 4?h?10, les premiers faisceaux de protons de 2010 ont circulé dans les deux sens le long de la boucle de 27?kilomètres sous la frontière franco-suisse, à Meyrin.
Fin décembre 2009, l’accélérateur de particules avait été arrêté afin de procéder à des améliorations et des mises à jour. Elles doivent permettre à la machine d’atteindre dorénavant une énergie totale de 7 TeV. L’accélérateur, espèrent les physiciens, devrait permettre de percer les mystères pour lesquels il a été construit, notamment: quelle est l’origine de la masse? Pourquoi n’y a-t-il plus d’antimatière? Où est la matière noire? Comment se sont déroulés les premiers instants de l’univers?
Eviter un nouvel incident
La semaine dernière, dans une interview accordée à la Tribune de Genève, le directeur général du CERN, Rolf-Dieter Heuer, rappelait que «la sensibilité des mesures des résistance des interconnexions a été accrue d’un facteur de 3000». Ceci garantit notamment que les aimants se comportent correctement à mesure que l’énergie augmente et «empêche que ce qui s’est passé en septembre 2008 ne se reproduise».
Le LHC avait été relancé le 21 novembre 2009 après près de quinze mois d’arrêt. Une interconnexion défaillante entre deux aimants avait fortement endommagé une partie d’un des huit secteurs de l’anneau. Cette panne a obligé les scientifiques à revoir et à améliorer tout le système de connexions entre les plus de 1600 gros aimants de l’accélérateur. Ils ont aussi sécurisé la machine afin que des incidents de ce type ne provoquent plus de tels dégâts. Les réparations ont coûté 35 millions de francs et des mois sans physique.
Progressivement, les physiciens vont envoyer un faisceau plus dense (plus de paquets de particules) et plus puissant (plus d’énergie). L’objectif est que les premières collisions à haute énergie aient lieu mi-mars. Quant aux résultats, ils dépendront des dispositions de la nature à dévoiler ses secrets.