L’arrivée prochaine, probablement en mai, d’un prince d’Arabie saoudite met sens dessus dessous les propriétaires de limousines genevois.
D’habitude, ils saluent ce genre de visite, toujours très lucrative. Seulement, cette fois, c’est en Allemagne, auprès d’une société munichoise, que la famille royale a commandé toutes ses voitures de luxe! Pas moins de 66 véhicules. Mises sur la touche, les deux associations genevoises de limousines, Agellmc et Agllmc, se sentent flouées par le Service cantonal du commerce (Scom), qui a donné sa bénédiction.
«Profession sinistrée»
«On a été mis devant le fait accompli, au mépris de la loi», affirme Hassen Azad, directeur de Leaders Limousines et président de l’Agellmc. «Le Scom nous a convoqués en catastrophe lundi pour, soi-disant, nous informer, renchérit Louis Roulet, directeur de Golden Limousine Services.
»Mais la rumeur courait déjà depuis quelque temps sur radio-chauffeurs, notre bouche à oreille à nous. On est fâché parce que selon la loi, sauf dérogation, des véhicules à plaques étrangères ne peuvent pas charger et transporter des clients à l’intérieur de la Suisse contre rémunération.»
Hassen Azad enchaîne: «Si notre marché avait été saturé, on aurait pu comprendre. Mais au contraire, notre profession est sinistrée. Nombre de limousines restent clouées au garage et des chauffeurs sont au chômage. Avec nos 220 véhicules, on aurait pu répondre en bonne partie à la demande.»
Directeur du Scom, Jacques Folly explique: «Nous avons convoqué une séance lundi avec plusieurs acteurs, dont des représentants des hôteliers, de l’Union des associations patronales et de la Communauté genevoise d’action syndicale.»
Pourquoi un tel rassemblement? «Parce que ce cas est particulier, poursuit-il. Ce mandat de la famille royale, d’ordre privé, a été préparé au niveau fédéral, avec l’Office des routes et les douanes, qui ont donné leur accord. Ces services ont pris une décision positive.»
Mais l’Etat aurait-il pu refuser cette dérogation à la loi? «Non, reprend Jacques Folly. Parce que ce mandat est inférieur à 90 jours et s’inscrit dans le cadre d’un voyage à travers l’Europe. La famille royale sera à Paris puis en Haute-Savoie avant de venir chez nous. S’il s’agissait d’une visite exclusivement à Genève ou en Suisse, cela serait différent.»
A Collonge-Bellerive
Les associations de limousines n’en croient pas un mot: «Ce n’est pas la famille royale mais une société basée à Paris, via un cabinet d’avocats genevois, qui a demandé l’importation temporaire de ces limousines, avance Louis Roulet, sur la base d’un document émanant des douanes. Tout ça pour obtenir des prix plus bas que ceux du marché. Une société genevoise se serait vue proposer 600francs par jour pour la location d’une Mercedes avec chauffeur. Quand on sait que la journée dure souvent plus de quinze?heures…»
Hassen Azad précise: «Le prince est l’un des fils de feu le roi Fahd. Il logera à la propriété de Collonge-Bellerive. Mais il ne vient pas dans le cadre d’un voyage européen. Il vient pour se faire soigner à la Clinique de Genolier.»
Jacques Folly confirme ce dernier point. «Mais il semble que 80% de chauffeurs locaux seront engagés. Il est probable aussi que des limousines genevoises seront mandatées, car le voyage d’un prince génère la venue de nombreux proches de la famille royale.»
Reste que selon les associations professionnelles, Genève se prive de belles rentrées fiscales: «En 2002, l’année de la venue du roi Fahd, ma seule société a versé 474?000?francs d’impôts et taxes à l’Etat, lance Louis Roulet. Là, il n’y aura pas d’impôts, pas de TVA, pas de contrôles sur le salaire des chauffeurs.» Pour lui, ce sont des millions qui vont échapper à l’Etat. «Pas pour une visite de moins de 90 jours», tempère Jacques Folly.
A Collonge-Bellerive, un palais de 17 105?m2
Hormis un séjour à la Clinique de Genolier (VD), c’est à Collonge-Bellerive, dans l’ancien palais en marbre blanc du roi Fahd, que devrait séjourner SAR le prince Abdulaziz Bin Fahd Bin Abdulaziz AL SAOUD, fils du potentat décédé en 2005. Trois ans avant sa mort, le roi d’Arabie saoudite avait donné cette somptueuse demeure de 17?105?m2 à l’une de ses épouses, la princesse Al Johara Al Ibrahim. Cette donation figure au Registre foncier genevois, en date du 22 juillet 2002. Le palais appartient désormais à son fils, Abdulaziz Fahd.
L’actuel monarque saoudien, le roi Abdallah, est aussi venu à Genève, en novembre 2007. Il a réservé 230 suites et chambres à l’Hôtel Président Wilson.
Autre grand dirigeant du Golfe, le cheikh Zayed, président des Emirats arabes unis, décédé en 2004, est souvent venu à Genève. Il descendait à l’Intercontinental. Mais durant ses dernières visites, l’émir d’Abou Dhabi se dirigeait plutôt vers le Petit-Salève. Il séjournait dans sa propriété, ultrasécurisée, sur le Mont-Gosse. A deux pas de là, près d’Annemasse, sur la colline de Vétraz-Monthoux, le cheikh possédait l’Al Nahda Palace, une magnifique résidence qu’il laissait plus volontiers à son épouse. Lors de son dernier passage, en 2006, son successeur, le cheikh Khalifa, a séjourné à Maxilly, près d’Evian, dans une autre propriété aussi luxueuse.
(xl)