L’école est fermée et le préau désert. Les vacances scolaires tombent à pic pour chasser les mauvais souvenirs. La plage, pour les petits veinards qui ont pris l’avion ce week-end, sert aussi à cela: oublier ce funeste jeudi des promotions où un enfant de 3?ans a failli perdre la vie en traversant avec sa sœur le passage pour piétons à la hauteur du 9, rue de Saint-Jean.
Pour autant, ce quartier au fort tissu associatif a de la mémoire. Et le sens de l’info de proximité. Elle s’échange à même le trottoir ou sur le site de l’association des parents d’élèves. Un mail envoyé samedi dit ceci: «Je viens d’avoir des nouvelles du tout jeune blessé, par un contact téléphonique avec un membre de sa famille. Elles sont bonnes heureusement, même si évidemment il se trouve encore à l’hôpital.»
De l’hôpital, rien ne filtre. Les suites d’un accident relèvent de la sphère privée et du secret médical. La rue qui en a été le théâtre, en revanche, appartient à l’espace public. Elle se raconte et se commente. Que demandent les gens qui la connaissent? «Une passerelle piétonnière pour la surplomber à l’abri des voitures», glisse une voix exaspérée. Une autre réclame la fermeture de «Billette», le kiosque où les enfants vont se ravitailler en bonbons. Déraisonnables et farfelues toutes les deux.
Les bonnes volontés sont, ici, majoritaires, même si elles savent le prix à payer pour que les choses se fassent. De longues années de négociations et de recours pour obtenir une zone à 30?km/h et beaucoup moins pour se rendre compte que, sans aménagements supplémentaires, ça ne marche pas. Ces pictogrammes à deux chiffres dessinés à même le bitume n’ont rien de dissuasif. En l’état, la rue de Saint-Jean, avec son tout droit filant du rond-point Jean-Jacques au carrefour des Délices, est un véritable «boulevard à vitesse». On roule le pied sur les gaz, jamais sur le frein.
Particulièrement le matin à 8?h, où une circulation de transit, toutes catégories confondues, camions compris, emprunte ce tronçon pour gagner du temps, pas pour lire les panneaux de limitation. Les statistiques de vitesse établies par un bureau d’ingénieurs sont sans illusion: la moyenne atteinte est de 46?km/h. «Si on respecte les choses, on se fait klaxonner ou carrément dépasser», note cette mère de famille, lucide. Elle a raison. Hier lundi, en répétant par deux fois ce trajet à petite vitesse, on avait la désagréable impression d’entraver la circulation. Notamment celle des TPG, marquant eux aussi une impatience peu respectueuse du 30?km/h.
Education à deux vitesses
Les contrastes, alors, sont saisissants. A quelques mètres de là, des voies couvertes où les enfants courent en toute sécurité dans la forêt de bambous, une Maison des jeunes qui se fréquente à pied, des terrasses beaucoup plus accueillantes que les places de parking. Bref, une culture du quartier obligée de composer en permanence avec une éducation à deux vitesses, dès lors que les têtes blondes quittent leur espace de jeu favori pour se rapprocher de la rue de Saint-Jean et de ses carrefours, faussement sécurisés eux aussi.
Comment agir pour mettre en œuvre les bonnes intentions? La patience citoyenne a ses limites. Des aménagements sont en projet. Elargissement des trottoirs, rétrécissement de la chaussée. Cela coûte de l’argent. Il faudra voter des rallonges budgétaires. Pendant ce temps-là, un enfant de 3?ans est toujours entre les mains des médecins.