Genève a une concurrente sérieuse! Car le nid d’espions qu’a toujours été Vienne reprend des couleurs. Et les Iraniens s’y sentent particulièrement à l’aise, eux qui, avec l’Autriche, ont entretenu sans interruption des relations diplomatiques au beau fixe. Actuellement, 48 de leurs diplomates sont enregistrés par le Ministère autrichien des affaires étrangères. C’est un chiffre imposant, lorsqu’on le compare à celui d’autres délégations, comme celle du Royaume-Uni, qui n’a choisi d’envoyer à Vienne que 37 hauts fonctionnaires.
Alors autant dire qu’une minorité des Iraniens en poste se consacre exclusivement aux relations bilatérales, tout comme au brûlant dossier nucléaire, traité au siège viennois de l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA)!
Selon un ancien espion venu de Téhéran, aujourd’hui simple réfugié, tous ces compatriotes sont là pour faire des affaires. «Les services secrets iraniens ont choisi l’Autriche, c’est le théâtre principal de leurs opérations en Europe. Et les passeports diplomatiques ne servent souvent que de couverture», confie-t-il Achat d’armes aux mafias de l’Est et des Balkans, blanchiment, planification d’enlèvements: l’ouverture des frontières a de nouveau placé l’ancienne capitale impériale au cœur de l’Europe. Et loin de toute publicité néfaste, l’Autriche continue de favoriser le développement des transactions dans la discrétion, ses banques profitant de l’afflux de capitaux et les milieux d’affaires des largesses de la République islamique, premier partenaire commercial dans la région.
Contexte propice
D’ailleurs, Austrian Airlines continue de relier Vienne à Téhéran en vol direct. Un privilège, qui détourne de Genève bon nombre des négociations de l’ombre. Secret bancaire, anonymat téléphonique, neutralité: le contexte reste, par ailleurs, propice. Un diplomate occidental est dur avec la Suisse. «Genève, c’est fini! tranche-t-il. Les couvertures possibles ici sont simplement plus nombreuses.» L’homme donne l’exemple de la visite récente d’un ministre iranien à l’OPEP, qui a pu dîner avec une personnalité russe… sans que cette rencontre ne figure au programme officiel.
Selon Siegfried Beer, spécialiste des questions d’espionnage à l’Université de Graz, «l’Autriche connaît tous ces déplacements et identifie les agents iraniens. Mais tant qu’ils ne touchent pas à des citoyens occidentaux, elle ne les entrave pas.» Parfois, elle les aide même. En 2006, des données confidentielles sur les technologies de fabrication d’armes de destruction massive seraient parvenues à l’Iran, grâce à des fuites des services autrichiens.
Même les dossiers des demandeurs d’asile ont été transmis, lors de cette période, que l’on assure désormais close, à l’ambassade d’Iran! Sans que l’Europe ne s’en émeuve outre mesure.