George W. Bush ne viendra pas à Genève. L’organisation caritative juive Keren Hayessod, qui avait invité l’ancien président des Etats-Unis à son dîner de gala annuel le 12 février prochain, dans les salons de l’hôtel président Wilson, a préféré renoncer à sa participation en raison des menaces et des risques entourant sa venue.
La décision a été prise jeudi soir. Les organisateurs ont estimé que les appels à protester contre la venue de George Bush prenaient depuis quelques jours une tournure inquiétante. Le spectre d’incidents comparables à ceux qui avaient émaillé la tenue du G8 à Evian a poussé les organisateurs à annuler la venue de l’ancien président américain. L’avocat du Keren Hayessod, Robert Equey, explique cette décision.
Pourquoi avez-vous renoncé à faire venir George W. Bush à Genève?
En raison de la controverse qui entoure sa venue. Les appels à manifester glissent sur un terrain dangereux. Les organisateurs prétendent disposer d’un service d’ordre, mais préviennent qu’ils ne pourront pas être tenus pour responsables de quelconque débordement. On a déjà entendu ce genre de propos à l’occasion du G8. Nous avons donc pris nos responsabilités. Il n’était pas question de jouer avec la sécurité des biens et des personnes à Genève. Notre soirée est maintenue, mais George Bush n’y participera pas.
Une telle levée de boucliers n’était-elle pas prévisible?
Lorsque nous avons programmé sa venue, nous ne pensions pas être attaqués et instrumentalisés de façon aussi malhonnête. Il y a une manière d’agir qui s’apparente fortement à un terrorisme intellectuel. Il est dans notre tradition depuis des années d’inviter des personnalités politiques éminentes. Nous avons accueilli Bill Clinton, Al Gore, Rudolph Giuliani ainsi que Madame Wafa Sultan…
Avec le recul, ne pensez-vous pas avoir été naïf?
Certainement pas. La démesure de la réaction nous a surpris. En effet, George Bush a été élu et réélu président de l’une des plus grandes démocraties, qu’on le veuille ou non. II a participé au concert des nations. En tout cas, nous ne l’avons jamais invité dans un esprit de provocation. La publication de ses Mémoires nous semblait offrir une occasion de le faire venir à Genève et de participer à notre soirée. Dans cet esprit, nous aurions pu inviter Monsieur Jimmy Carter comme nous inviterons aussi Monsieur Barack Obama lorsqu’il ne sera plus président.
Est-ce que le dépôt de plaintes pénales par des organisations de défense des droits l’homme ont pesé sur votre décision?
Non, en aucune manière. Les plaintes n’ont pas pesé dans la balance. En revanche, les propos tenus à l’égard de notre organisation nous ont profondément écœurés, venant de l’addition de groupuscules dont le respect de la démocratie est le dernier des soucis. La Gauche anticapitaliste prétend que le but de notre organisation est de favoriser les implantations juives en Palestine, l’occupation des terres des Palestiniens, du Golan syrien et d’autres territoires arabes. Ce sont des contrevérités. Le Keren Hayessod est une organisation caritative et apolitique. Elle porte des projets sociaux, éducatifs et sportifs, en Israël, au service d’une population défavorisée tout en œuvrant pour une bonne coexistence entre les communautés juives, musulmanes et chrétiennes. Le Keren Hayessod n’exerce ses activités que dans ce qu’il est convenu d’appeler «les frontières de la ligne verte» et en aucune manière dans les territoires palestiniens.
Ces attaques vous ont-elles atteint?
Nous sommes des citoyens de la cité attachés aux libertés fondamentales qui prévalent en Suisse. Nous avons été attaqués par des gens dont la morale politique et l’éthique semblent être à géométrie variable au gré de leurs omissions volontaires ou de leurs intérêts politiques. Si mes souvenirs sont bons, le collectif emmené par Monsieur Gilardi a brillé par son absence lors de la venue à Genève d’Ahmadinejad. Ces derniers jours, les attaques à notre encontre avaient des relents de plus en plus nauséabonds. Je m’interroge aussi sur les relations incestueuses entre l’extrême gauche et l’extrême droite qui sont apparues à cette occasion.
Pensez-vous que l’annulation de la venue de George Bush va faire retomber la pression?
La renonciation qui est la nôtre doit très certainement permettre de vider de tout motif les appels à manifester, du moins je l’espère. Si tel n’était pas le cas, on pourra voir, à ce moment-là, le vrai visage de ces gens puisque leur démonstration n’a plus de sens. Il convient, dès lors, de souligner que tout dérapage et tout incident qui devrait être relevé, si la manifestation était maintenue, serait de la seule et unique responsabilité des organisateurs.