Le président du Mouvement citoyens genevois a été condamné en décembre pour atteinte illicite à la personnalité. Cette décision du Tribunal de première instance (TPI) a été révélée par 20?minutes.
Sur son blog, Eric Stauffer avait accusé un ancien responsable de la BCGe d’avoir contribué à la déconfiture de la banque. «Monsieur Stauffer a remis en cause la probité et la compétence de cet ancien dirigeant, en l’accusant d’avoir participé à l’octroi de crédits douteux et d’avoir été à l’origine des problèmes de la banque, relèvent les juges. Or les enquêtes ont confirmé qu’il n’avait pas pris part à l’octroi initial des crédits litigieux.» Eric Stauffer devra s’acquitter de 4500?francs de dépens, soit une participation aux frais d’avocats du plaignant: «Le fait que le plaignant ne soit pas expressément nommé dans le blog n’y change rien, ajoute le TPI. Compte tenu des détails fournis, il est aisé de faire le lien entre lui et la personne visée.»
La fin des blogs?
Une (petite) partie du jugement vise la Tribune de Genève, qui héberge le blog du député: le journal a été condamné à payer 1500?francs de dépens. Le quotidien a d’ores et déjà fait appel.
«Comme des tags»
Durant la procédure, la Tribune de Genève a invoqué la jurisprudence française, allemande et canadienne, et répété qu’elle ne pouvait a priori contrôler le contenu de tous les blogs. Certes, en cas d’atteinte illicite manifeste, le responsable des blogs peut demander à l’auteur de retirer l’article litigieux. Mais compte tenu du nombre important de blogs (ndlr: un millier), le contrôle se fait par pointage aléatoire après publication. De plus, l’hébergeur précise à chaque blogueur qu’il est responsable de tout contenu. La condamnation du TPI instaurerait donc un contrôle systématique de tous les commentaires publiés par les internautes. Ce serait une menace pour la liberté d’expression et pour un moyen de communication moderne et incontournable, selon Jean-François Mabut, responsable des blogs à la Tribune de Genève: «Punir l’hébergeur, c’est comme punir le facteur! L’hébergeur doit certes prendre des mesures pour que le dommage cesse, mais le contrôle systématique, c’est comme si on mettait un policier devant chaque mur de la ville pour éviter les tags. D’ailleurs pour les tags, la seule mesure adoptée par les villes est le nettoyage systématique des murs.» Eric Stauffer avait tenu des propos analogues à ceux de son blog devant le Grand Conseil. Le site de l’Etat a donc aussi hébergé ces déclarations litigieuses. Sans suites judiciaires…