La Genève internationale n’a aucun secret pour lui. C’est sans doute l’un des journalistes qui connaît le mieux les méandres de la mécanique onusienne. Correspondant de l’Agence télégraphique suisse (ATS) au Palais des Nations depuis 1994, Blaise Lempen vient de publier un ouvrage de 350 pages aussi dense qu’intéressant sur ce qui se trame derrière les hautes parois, parfois froides et inaccessibles, des grandes organisations internationales.
Le journaliste revient sur ce qui s’est passé au cours des trois dernières années à travers un récit qui fourmille d’anecdotes. Pour une fois, le lecteur pourra mettre la main sur un livre consacré à la Genève internationale qui ne s’enferre pas dans un style académique et laborieux.
Blaise Lempen est un journaliste qui n’a pas la prétention de faire autre chose que du journalisme. «C’est un récit, je raconte ce que j’ai vu au cours des trois dernières années», explique le correspondant de l’ATS au Palais des Nations. Blaise Lempen a été le témoin privilégié de quatre grandes crises: la crise économique et financière, la crise climatique, la crise humanitaire et la crise des droits de l’homme. Tous ces événements ont connu plusieurs séquences où Genève et ses organisations de régulation ont joué un rôle important.
Cette plongée dans l’arrière-cour des relations internationales est à la fois passionnante et inquiétante.
Au fil des crises, on comprend que l’ONU et donc Genève cèdent du terrain à d’autres entités que sont l’OTAN et le G20. On comprend aussi que l’Europe n’est plus le centre de gravité des relations internationales, que les Etats-Unis n’ont plus le leadership et que le monde multilatéral est un jeu de mécano autrement plus complexe qu’autrefois.
«Comme le monde se rééquilibre automatiquement, la Genève internationale perd de sa centralité», constate Blaise Lempen. Tout cela est décrit avec souffle, intelligence et pertinence. D’autant que l’ouvrage ne tombe pas dans le piège du parti pris et de la caricature. On y découvre des organisations, des femmes, des hommes complètement engagés dans les défis du XXI siècle et qui ne décolèrent pas de se voir parfois condamnés à l’inefficacité du fait de blocages politiques plus «indémêlables» que jamais. Malgré les années, le journaliste reste bluffé par la concentration de savoir-faire et de bonne volonté qu’on peut trouver à Genève. C’est la raison pour laquelle il alimente l’espoir raisonnable de voir la Genève internationale jouer un rôle dans la nouvelle mécanique de la gouvernance mondiale.
Vient de paraître Genève, laboratoire du XXI siècle, chez Georg Editeur.