L’atmosphère est calme et le cadre plutôt lumineux. On a ainsi d’abord de la peine à imaginer les tensions qui règnent au centre de détention administrative de Frambois, à Vernier, où sont enfermés des requérants d’asile déboutés ou frappés d’une non entrée en matière ainsi que des clandestins. Tous en attente d’expulsion. Grèves de la faim, dépressions, tentatives de suicide et récente révolte de détenus (la «Tribune» du 11 octobre), les signes de désespoir ne manquent pourtant pas. Sur place, il suffit d’ailleurs de croiser le regard hagard d’un Africain pour sentir la terrible détresse humaine qui pèse sur ces lieux, gérés par Genève, Vaud et Neuchâtel. La Tribune de Genève l’a constaté hier sur place.
«Frambois prépare les détenus à leur renvoi, si possible de manière volontaire», informe Loly Bolay, présidente de la Commission des visiteurs de prison. Il s’agit d’éviter l’expulsion forcée, opérée en dernier recours. En 2009, sur les 7272 étrangers qui ont dû quitter la Suisse par les airs, 360 d’entre eux ont été refoulés, les pieds et les mains ligotés, dans des avions spéciaux. Encadrés par 2 ou 3 policiers, ils peuvent être attachés à?leur siège et avoir la tête maintenue dans un casque (nos éditions du 2 novembre).
Convaincre!
Malgré cette déroutante perspective, la tâche de conviction n’est pas aisée… tant ces personnes veulent rester en Suisse. «Un gros travail est effectué par les collaborateurs pour favoriser un départ volontaire. On explique aux détenus qu’ils ont intérêt à arriver en hommes libres dans leur pays. En cas de renvoi forcé, les détenus sont remis à la police! C’est un bon moyen de persuasion», relève Jean-Michel Claude, directeur de Frambois.
L’encadrement est très important pour aider les requérants déboutés à faire le deuil de la Suisse. Or, «Frambois manque de personnel», regrette Loly Bolay. Quinze personnes, le directeur et son adjointe compris, encadrent une vingtaine de détenus en moyenne. «C’est effectivement insuffisant, alors que nous devons être 3 surveillants au minimum 24?heures sur 24», estime Jean-Michel Claude. Celui-ci ne cache pas que le métier demande «beaucoup de présence et d’investissement. Pour l’étranger, c’est un rêve qui s’achève, la crainte de rentrer au pays, investi qu’il était de la mission de nourrir sa famille, son village… Nous devons essayer de définir ensemble un projet positif pour l’après.»
Et le personnel – essentiellement des hommes – se démène sans compter pour y parvenir. «On veille à couvrir toutes les langues nécessaires», précise le directeur. «Les gens ne sont pas ici dans un but punitif. Beaucoup ont commis des délits mais ils ont déjà payé au niveau pénal; ils ne comprennent ainsi pas pourquoi on les prive de liberté», renchérit son adjointe.
Renforcer les effectifs serait assurément bénéfique pour répondre à ce fort sentiment d’injustice. «Cela ne résoudra pas le problème! La détention administrative n’est pas légitime et ne sert à rien; elle n’augmente pas le nombre de renvois», réagit toutefois Damien Scalia, membre de la Ligue suisse des droits de l’homme. Un mouvement qui dénonce la passivité des autorités face au désespoir dû à la détention administrative. Damien Scalia ne remet pas en cause le travail du personnel qui «essaie de faire au mieux avec les moyens du bord».
Enfermés en cellule la nuit
Vingt-deux détenus, d’une moyenne d’âge de 25?ans, cohabitent actuellement à Frambois. La plupart proviennent d’Afrique de l’Ouest, des Balkans et de Géorgie. Mais «c’est une photographie du jour qui peut changer, prévient Jean-Michel Claude. A l’exception de l’Afrique de l’Ouest, une constante.» Pas de femmes? «Ce serait impossible à gérer. Enfermés en cellule entre 21?heures et 8?heures, les détenus peuvent se mouvoir, le reste du temps, comme ils le souhaitent dans l’établissement.»
La salle de musculation, les matches de foot de l’après-midi, les ateliers de travaux manuels et la préparation collective des repas sont les activités les plus prisées.