Va-t-on étouffer sous le flux des pendulaires? Le risque est évident si on continue de la sorte. La région franco-genevoise est en train de payer cher son formidable développement économique. Ou plutôt son incapacité à mieux répartir le logement et l’emploi. Hier, le conseiller d’Etat Mark Muller a fait état de signaux alarmants. «Les déséquilibres s’accroissent et cela soulève beaucoup d’inquiétudes.»
En 2007, Genève et ses voisins français et vaudois ont pris de bonnes résolutions. Ils se sont engagés à créer davantage de logements dans le canton et davantage d’activités économiques en France voisine. Ce rééquilibrage devait permettre un développement plus harmonieux et limiter le flux des pendulaires. Il a pris forme dans le projet d’agglomération franco-valdo-genevois. Hier, ses différents partenaires étaient réunis pour une séance au sommet. Ils n’ont pu que constater les dégâts et l’étendue de leur impuissance.
Quelques chiffres illustrent le malaise. En 2005, on pensait que la population de la région allait s’accroître de 200?000 personnes d’ici à 2030. Genève devait en accueillir 100?000 et la France voisine 80?000. Or, cette dernière a déjà accueilli 38?000 nouveaux habitants. En cinq ans, elle a déjà rempli la moitié de ses objectifs!
En termes d’emploi, le constat est tout aussi alarmant. La région comptait sur la création de 100?000 places de travail en vingt-cinq?ans. Genève devait en accueillir 60%. En cinq ans, il a déjà créé 30?000 places de travail, soit la moitié de son objectif! Quant à la France voisine, elle a perdu des emplois.
Perdre le contrôle
La tendance déjoue les pronostics. Pire, les projections démographiques risquent de rendre les infrastructures de transport insuffisantes avant même leur construction. Certes, les effets de la politique engagée n’ont pas pu encore déployer leurs effets. Mais les autorités risquent de perdre le contrôle de la situation. Cela commence par créer des tensions. La réunion au sommet a été «riche et animée, mais néanmoins cordiale», a commenté Mark Muller, qui était accompagné du député-maire de Divonne Etienne Blanc et de Pierre-André Romanens, représentant du district de Nyon.
Les trois partenaires se sont donné jusqu’à mars pour proposer des pistes. «On ne peut plus se contenter de faire des plans d’aménagement, a relevé Mark Muller. Il faut réfléchir en amont. Sur notre développement économique ainsi que sur les questions de financement.»
Chacun sait ce qu’il doit faire. Le Canton doit construire du logement, malgré toutes les difficultés qu’il rencontre. La France, elle, doit attirer des entreprises. Etienne Blanc est convaincu de la nécessité de créer autour de Genève une zone à statut spécial qui offrirait de meilleures conditions fiscales. Mais le feu vert dépend de Paris.
Financer les infrastructures
Il faut aussi financer les futures infrastructures. Or, les fonds manquent en France, qui peine déjà à payer sa part de la liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse (CEVA). Même le district de Nyon se préoccupe de futures lourdes dépenses.
Peut-on imaginer une nouvelle répartition financière? Mark Muller a déclaré qu’il faut réfléchir «sans tabou». Il a, par exemple, évoqué la possibilité pour Genève de financer des transports publics en France. Pas question en revanche de payer pour le tronçon français du CEVA.
Aucune proposition concrète n’a été avancée. Et pour cause, l’équilibre financier entre les partenaires est complexe et fragile. Et il sera très difficile aux élus de faire accepter des dépenses hors des frontières. «Des solutions existent, mais il faut une volonté politique affirmée», déclare Etienne Blanc, convaincu qu’il faut aussi favoriser les échanges de services, notamment dans les domaines de la santé et de la formation: «De manière à ce que les habitants réalisent l’utilité de la région.»