Elle remet ça! L’Association Refaire l’école (ARLE) somnolait depuis sa victoire écrasante pour le maintien des notes à Genève en 2006. Son réveil est tonitruant. Les membres de l’ARLE ont décidé mardi soir de lancer une initiative «pour une note de comportement à l’école obligatoire».
«La question est de savoir si, à Genève, il y a une nécessité pédagogique à mettre une note de comportement.» Jean Romain, membre du comité d’initiative, pose et répond en même temps à la question. Le porte-parole de l’ARLE explique l’utilité d’une telle démarche, qui concerne l’école publique obligatoire, de la 3e primaire à la 9e du Cycle d’orientation. «Il y a toute une série de dérives disciplinaires qui ne peuvent pas être jugulées. Dans certains Cycles, il faut quarante minutes pour obtenir le silence en classe! On ne peut tout simplement pas enseigner.»
Sanctionner et valoriser
Les règles disciplinaires en place ne sont-elles pas suffisantes? «Aujourd’hui, il n’y a pas d’évaluation du comportement en classe», précise-t-il. L’élève fautif peut faire des heures de colle. S’il dérape plus gravement, il peut passer devant le nouveau conseil de discipline. Il ne s’agit là que de sanctions. Le projet de l’ARLE vise à établir un indicateur de comportement, pour que l’enfant réagisse. «L’objectif de l’évaluation ne serait pas seulement de sanctionner, mais de valoriser l’élève.»
Arriver en retard aux cours, insulter ses camarades, cracher, ne pas rendre ses devoirs. Voilà quelques exemples qui justifieraient une mauvaise note de comportement. A l’inverse, un élève à l’attitude toujours adéquate pourrait se voir gratifié d’un bon point. «Ceux qui peinent au niveau scolaire pourraient être valorisés sur ce plan-là. Nous sommes pour le mérite!» En clair, c’est le principe du malus bonus appliqué à l’école. Tout le monde en sortira gagnant, estime le député radical: «Les élèves, qui ont du mal à respecter les règles de vie en commun et ceux qui se comportent bien. Les parents, qui pourront avoir une indication de ce qui se passe en classe. Et les professeurs.» Reste à savoir comment appliquer cette évaluation. La note serait-elle donnée par chaque enseignant? Au règlement d’application de le préciser si le principe est accepté par la suite.
Donner des repères
L’idée n’est pas nouvelle. Plusieurs générations d’enfants ont craint de voir leur 6 se réduire au fur et à mesure de leurs bêtises. L’initiative de l’ARLE remettrait-elle au goût du jour cette pratique à la papa? Jean Romain s’en défend et insiste: «Ce n’est pas un retour en arrière. Cette note aura de l’importance car elle entrera dans le carnet de l’élève. Nous voulons tout simplement plus de repères.»
En a-t-il lui-même fait l’expérience dans les années 60 au Collège de Saint-Maurice (VS)? Il ne s’en souvient pas. En tout cas, l’idée sonne comme un refrain nostalgique. «Pour ceux qui nous bassinent avec le «savoir-être» à l’école, je propose aujourd’hui de l’évaluer, réagit Jean Romain. Tout le monde veut des repères. Il faut en donner maintenant.»
Recueillir les signatures
L’ARLE déposera dans quelques jours le texte de l’initiative à la Chancellerie. Ensuite, l’association aura trois mois pour recueillir les 10?000 signatures nécessaires. Si l’initiative aboutit, elle sera examinée par le Grand Conseil.
Avec ce projet, l’ARLE reste dans son domaine de prédilection, celui des notes. En 2003, l’association apolitique, qui défend l’école publique laïque, avait déposé une initiative pour leur maintien. Un texte plébiscité par 76% des votants en 2006.