Vendredi dernier, Isabelle (prénom fictif), élève de 7e?année d’un cycle d’orientation d’une commune suburbaine, se rend à un anniversaire après les cours. Selon nos informations, vers 17?h?40, alors qu’elle rentre à la maison avec une amie, les deux jeunes filles sont interpellées par quatre garçons, dont deux anciens copains d’école. Une discussion s’engage. Soudain, les adolescents, scolarisés dans un cycle voisin, contraignent Isabelle (12?ans) «à faire une fellation à l’un d’entre eux». Sa camarade tente d’appeler, en vain, au secours.
S’ensuivent des menaces de la bande de garçons pour que les filles gardent le silence. A défaut, ils «raconteront partout ce qui s’est passé».
Elle alerte sa sœur aînée
Traumatisée, Isabelle regagne aussi vite que possible le foyer familial. Sous le coup de la honte, elle gardera le silence deux jours avant de craquer, lundi, dans les bras de sa sœur aînée. Celle-ci décide visiblement de faire le ménage toute seule, alors que les parents de cette famille pourtant «très unie» ne se doutent toujours de rien…
Accompagnée d’amis, elle se rend aussitôt dans l’établissement scolaire des agresseurs pour venger sa cadette. Une échauffourée s’ensuit. Les jeunes gens auraient alors riposté ainsi: «Si on a fait ça, c’est qu’elle le voulait bien.» Une affirmation qui rend fou de rage le papa d’Isabelle. Ce dernier n’a eu connaissance de l’agression que mardi matin. «Comment qualifier de tels actes!? Et comment cela peut-il être possible à cet âge?» dénonce-t-il après avoir été informé des faits par l’assistante sociale du cycle de son enfant. Là encore, c’est la sœur aînée qui a alerté l’école.
Sollicité hier en fin de journée par la Tribune de Genève, ce père de famille avait beaucoup de peine à contenir son émotion: «Isabelle n’a guère envie de parler de ce grave événement. Je l’ai surtout prise dans mes bras et lui ai garanti que ce n’était pas de sa faute.»
Et d’ajouter: «Je redoute le battage qu’il risque d’y avoir après cette sordide affaire. Les enfants peuvent être horribles entre eux! Mais vis-à-vis de ma fille, je ne peux tout simplement pas me taire. Je veux mettre en garde les parents, leur dire de veiller sur leurs mômes. Cela n’arrive pas qu’aux autres. Ce n’est pas un tabou, ça existe et il faut en parler.»
Les parents d’Isabelle ont donc immédiatement déposé une plainte auprès de la police genevoise. «Puis dans la foulée, j’ai participé à un long débriefing, cet après-midi (ndlr: hier), dans les locaux de Carl-Vogt. Tant l’école que la police ont parfaitement fait leur boulot», informe le papa.
Un papa qui condamne le «trop grand laxisme de notre société»: «Il n’est quand même pas normal que des jeunes s’en prennent à d’autres jeunes.
Les affaires sordides se multiplient. Regardez l’agression, révélée par votre journal, dont vient d’être victime cette pauvre vieille dame. J’ai des connaissances dans la police qui se sentent les mains de plus en plus liées; certaines disent qu’elles n’ont plus les moyens d’agir.»
«Garantir la sécurité»
Se moquant d’être peut-être taxé de populiste, notre interlocuteur renchérit: «Y en a marre d’assister impuissant à ce que devient Genève. Certains jeunes sont déboussolés, ils n’ont plus de repères et sèment la zizanie dans leurs quartiers. C’est une minorité, mais leur capacité à nuire est importante. La situation économique de leurs parents, obligés de travailler sans relâche pour survivre, fait que cette jeunesse est trop souvent livrée à elle-même. Les politiciens doivent se réveiller et redonner confiance à la population. Garantir la sécurité de nos enfants, c’est quand même leur rôle, non!»
La famille d’Isabelle espère surtout que cette agression ne restera pas un «acte gratuit sans conséquences. Ce serait trop facile.» Les agresseurs auraient vite été identifiés par les forces de l’ordre. Contactées hier soir, deux responsables de l’école d’Isabelle ont refusé de commenter l’affaire.