Six femmes sur sept. La proportion est à peine croyable! Et pourtant. Dans 86% des viols soumis à la justice, l’accusé n’est pas condamné. Telle est la situation dans un échantillon de treize pays européens, a affirmé hier l’ONU Femmes dans son tout premier rapport annuel. Cette nouvelle entité des Nations Unies est en effet entrée en activité le 1er janvier dernier, sous la présidence de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet.
«Ces chiffres ne me surprennent pas. En Suisse, il y a enfin eu d’énormes progrès dans l’accueil et l’accompagnement des victimes par la police et la justice. Mais même ici, il est tellement difficile de faire la preuve du viol! C’est toujours la parole de la femme contre celle de l’accusé. Et le doute, forcément, profite à ce dernier», explique Anne-Marie von Arx-Vernon, directrice adjointe d’un foyer d’hébergement à Genève pour femmes en difficulté: Au Cœur des Grottes.
Pire: dans les 57?pays membres de la nouvelle agence onusienne, il semble que 10% des femmes affirment avoir subi une agression sexuelle au cours de leur vie. Mais parmi celles-ci, il n’y en a qu’une sur dix qui a actionné la justice. En l’occurrence, elles ne sont que 11% pour être exact (en comparaison, 38% des victimes d’un larcin le dénoncent à la police.)
«Il y a d’énormes barrières: familiales, communautaires, sociales, professionnelles, affirme Anne-Marie von Arx-Vernon. Regardez Tristane Banon, qui vient de déposer plainte contre DSK en France. C’est d’abord sa mère qui l’en avait dissuadée. On lui avait aussi prédit des difficultés au travail. Et voyez avec quelle méfiance la société française la regarde! Quant à la Guinéenne à New York, sa vie pourrait être en danger. Dans sa communauté, une femme qui dit avoir été violée est une femme salie.»
Ne parlons même pas des cas de violence domestique! Les faire reconnaître, c’est une mission impossible dans plus de la moitié des pays du monde, souligne ONU Femmes. Dans ces 127?Etats, ce n’est même pas un délit! Donc 2,6 milliards de femmes sont à la merci de leur mari.
Une précarité qui se retrouve évidemment aussi dans d’autres aspects de leur vie. Autour du globe, une travailleuse sur deux ne dispose pas de protection légale. Cela dit, le rapport d’ONU Femmes note aussi quelques progrès. Par exemple, 28?pays ont atteint 30% de femmes parlementaires. En 1997, ce n’était encore le cas que dans quatre pays.