Interview

«L’envie de prendre trop de risques est encore là»

Par le 03.07.2011 à 20:12

Dans «L’or des fous», une journaliste du «Financial Times» décrit, pas à pas, comment les banquiers ont creusé leur propre tombe

S’assurer contre le risque, se couvrir contre l’éventualité d’impayés. Le rêve pour un banquier. C’est en identifiant ce créneau qu’un groupe de jeunes banquiers américains de JP Morgan diplômés en économie ou en mathématiques créa le credit default swap. C’était en 1993.

Cette nouvelle catégorie de produits dérivés appliqués au secteur des crédits permet au vendeur de cette protection de toucher des revenus sans même avoir besoin d’investir. Devenu l’outil favori de la plupart des acteurs du marché, il conduisit les banques à prêter de l’argent à l’infini pendant quinze ans. Jusqu’à ce qu’arrive la facture, plus corsée que prévu. A l’occasion de la traduction en français de son livre, paru au plus fort de la crise (
L’or des fous
, Ed. Le jardin des Livres,

Paris, 2011), Gillian Tett explique sa vision.

Votre regard, en 2011, sur la situation des banques?

Les établissements ont tiré quelques leçons de la crise. Je ne pense pas qu’on regardera les rendements sur les CDO (titres adossés à des crédits immobiliers) de la même façon dans le futur. Maintenant, il y a surtout un besoin de gérer les prêts de manière encore plus prudente, de construire des barrages de capitaux plus solides, de mettre les produits dérivés dans des chambres de compensation et surtout d’avoir une vue plus holistique du risque (ndlr: c’est-à-dire qui l’intègre dans l’ensemble d’un contexte). Les banques baissent aussi leurs objectifs sur les retours sur capitaux. Mais il n’est pas certain que ces leçons aient été bien comprises. Sachant que bien des banques et de banquiers sont devenus habitués aux mégabonus et autres superbénéfices, il y a toujours chez eux la tentation de prendre trop de risques – entre autres parce que le danger moral dans le système est toujours là, dû au problème du
too big to fail.

Ce travail d’enquête a-t-il modifié votre pratique?

Apprendre sur les swaps m’a forcée à atteindre un niveau de connaissances techniques plus élevé, bien plus que celui qu’ont normalement les journalistes. J’ai aussi eu le luxe de pouvoir prendre tout mon temps pour absorber l’information, plutôt que de travailler dans l’urgence.

Le livre vous a-t-il amené de nouveaux témoignages?

Après la parution, beaucoup de gens m’ont envoyé des informations supplémentaires. D’un côté, ce fut très frustrant et je n’ai cessé de me dire que si j’avais su tout cela avant, le livre aurait été bien meilleur. Mais cela a aussi été un rappel qu’en tant que journaliste, quand on écrit un article, on ne connaît pas toute la vérité. On doit être humble en reconnaissant ce fait.

Vous avez été propulsée au rang d’une «star». Comment le vivez-vous?

Etre propulsée sous le feu des projecteurs a été une expérience étrange. En tant qu’anthropologue, je suis habituée à rester sur le côté et à observer les autres, pas à être moi-même au centre de l’attention. Mais je sais aussi que cette visibilité est maintenant une partie de mon travail.

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