Nouveaux marchés

La destruction de données en plein boom

Par Richard Etienne le 27.11.2011 à 15:57

Les entreprises, encore peu nombreuses en Suisse, recrutent. Elles ne connaissent, pour l’instant, pas la crise

La destruction de données. Voilà un concept auquel il faudra s’habituer. De plus en plus d’entreprises, publiques ou privées, grandes et petites, font appel à des sociétés spécialisées dans la destruction de documents confidentiels, qu’ils soient informatisés, sur papier, radiographiques, vidéo ou autres. Les banques, mais aussi les cantons, les offices fédéraux, les PME, les avocats, voire les médecins préfèrent souvent s’assurer que leurs documents, une fois à la poubelle, ne seront pas récupérés, par inadvertance ou pas.

Le marché de la destruction de données est important. En Suisse, le leader s’appelle Katana. Il emploie 22?personnes (contre deux en ses débuts en 2004), son chiffre d’affaires se compte en millions de francs. Il recense 1500 clients à travers le pays et son taux de croissance fait oublier la crise: 35% l’année dernière. «Nous allons engager trois à quatre collaborateurs en 2012», se réjouit son cofondateur Yarom Ophir.

Datarec, qui fait partie du groupe de recyclage Barec, est l’autre grand acteur sur le marché national. Fondé en 1994, il emploie une vingtaine de personnes dans cinq succursales, dont une à Satigny et une à Ecublens. Il traite plus de 10?000 tonnes de papier chaque année. Gilles Gachet s’occupe du bureau genevois: «Notre taux de croissance varie entre 5 et 10% par année.» D’autres sociétés du secteur, comme Dédoc en Suisse romande, Reisswolf ou Zanotta outre-Sarine, affichent des résultats également en hausse.

Détruire des données, comment ça marche? Les entreprises vont récupérer les données chez le client, certaines, comme Katana, les détruisent sur place. Leurs véhicules sont équipés.

D’autres, comme Datarec, engagent des agents de sécurité pour récupérer et transporter des documents secrets qui sont ensuite détruits dans leurs centres. Le papier, qui constitue aujourd’hui encore le plus important support des données confidentielles, est réduit en confettis. Puis recyclé. Les cinq semi-remorques de Katana transportent en moyenne six tonnes de papiers par jour. Datarec compte une vingtaine de camions. Les factures sont calculées en fonction du poids.

Pour la destruction des disques durs, téléphones mobiles ou autres notebooks, toujours plus nombreux, il y a, selon Yarom Ophir, trois écoles: «Celles de la démagnétisation, de la perforation et du «shredding» (déchiquetage).» Les camions de Katana sont équipés des trois techniques et les clients peuvent demander qu’elles soient toutes utilisées. Ou pas. Ils paieront alors moins cher. Les miettes qui en ressortent sont recyclées. Certaines entreprises vont jusqu’à filmer le processus de destruction avant de remettre la vidéo au client, comme garantie que tout a bien disparu.

Aux Etats-Unis, le marché est beaucoup plus développé qu’en Suisse. Selon Jérôme Golliard, fondateur de Dédoc, de nombreuses institutions bancaires helvétiques se contentent de jeter leurs secrets dans n’importe quel conteneur, ce qui peut être préjudiciable. Yarom Ophir confirme: «Notre plus grand concurrent? La poubelle!»

Mais les Suisses prennent lentement conscience de l’importance du secteur, surtout après l’affaire Meili, du nom de celui qui a livré des données bancaires concernant les fonds juifs en déshérence en 1997, ou après les récents vols de données de clients allemands échappant au fisc de leur pays. Jérôme Golliard conclut: «La banque HSBC nous a contactés au début de 2010, juste après s’être fait voler son CD qui a été livré au fisc allemand.»

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