Invité à Genève pour tenir une conférence, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, devait d’abord répondre de sa pique à la Suisse «qui réclame de l’aide sans faire partie de l’Union européenne». Face aux caméras de la TSR, il a demandé pardon, non sans se départir de son arrogance naturelle, et s’est dit «choqué par l’appel au djihad contre la Suisse». Il a promis aussi «une aide dans la crise des visas» avant de faire sa conférence.
«L’indignation décline. Il faut lutter contre le cynisme qui guette et préserver la fragile dignité humaine.» Bernard Kouchner, le French Doctor devenu ministre, est venu hier parler du droit d’ingérence à Genève, devant sa «famille». Invité de la troisième conférence de la Fondation Sergio Vieira de Mello à Genève, le ministre venait rendre hommage à son ami Sergio, représentant spécial de l’ONU en Irak, tué le 19 août 2003, avec 22 fonctionnaires internationaux, dans un attentat à Bagdad. «Il a été pour moi un compagnon exigeant d’une aventure obstinée aux quatre coins du monde.»
«Le compromis est fade»
Embrassant Annie, sa femme, et les deux enfants de Sergio en arrivant au Centre international de conférences, le militant des droits de l’homme, qui a «accepté de se salir les mains, car la politique au quotidien n’est pas toujours vertueuse», a défendu «la responsabilité de protéger leur population» qui incombe aux Etats et, s’ils sont défaillants, à la «conscience universelle». «Bien sûr, le compromis est fade. Et sa recherche est lente et difficile», a-t-il reconnu, mais «l’injustice fait son lit des divisions».
Se tournant vers le président du Timor-Leste, premier Etat né du droit d’ingérence, et face au président du CICR – où le docteur Kouchner a fait ses premières armes au Biafra – il a salué l’attachement à la neutralité de la Croix-Rouge, «qui fut nécessaire au Rwanda», mais il a ajouté qu’il avait appris que «la solidarité humanitaire ne suffit pas» et qu’il fallait «savoir passer en politique». Si «la voie est étroite entre l’idéal sans action et l’action sans idéal», a confié Bernard Kouchner, «l’impuissance est sans excuse». Citant les exemples récents de la Birmanie après le cyclone Nargis ou du Zimbabwe confronté au choléra – dont les gouvernements ont refusé l’aide internationale, au prétexte de la souveraineté – le docteur Kouchner a répété: «Nul Etat n’a le droit de laisser mourir son peuple.»