Vésenaz, 2 novembre. – Ainsi donc, le Concours de Genève n’a pas décerné de premier prix de piano, et ceci – sauf erreur – pour la troisième fois en quelques années. Pour ceux qui ont eu la chance d’assister au concert du 29 octobre, cette décision semble incompréhensible. Les prestations des trois finalistes ont été remarquables et chacun a présenté un jeu de haute qualité. Quand on sait que des grands maîtres du piano n’abordent certaines œuvres qu’en étant convaincus que leur maturité artistique le leur permet, peut-on exiger de pianistes autour de leurs 20?ans d’atteindre non seulement un niveau technique très élevé – que les trois possédaient à mon sens –, mais aussi la plénitude artistique? A mon humble avis, les éminents membres du jury ont fait une erreur de jugement. En refusant d’accorder un premier prix, ils placent la barre à un niveau si élevé que cela découragera d’excellents candidats. Il y a, me semble-t-il, un petit côté snob à leur attitude: je ne doute pas de leurs grandes compétences, mais se sont-ils souvenus de leurs 20 ans quand ils entamaient leur carrière musicale? Le Concours de Genève ne décerne pas de Prix Nobel pour couronner une œuvre remarquable, mais il est un prestigieux tremplin pour lancer un artiste, comme son histoire le démontre. Il faut qu’il le reste.