«Après Facebook et Twitter, Foursquare sera-t-il la prochaine success story du Net?» demandions-nous dans la page Connexions du 27 janvier dernier. La réponse ne s’est pas fait attendre. Service d’échange de bons plans qui se décline sur les smartphones, Foursquare n’était il y a trois mois qu’un passe-temps pour «geeks»; il enflamme désormais toutes les têtes pensantes des nouvelles technologies.
Pendant la semaine de Pâques, son cofondateur, Dennis Crowley, s’est même offert une tournée chez les géants du Net, d’Apple à Twitter en passant par Facebook. Certainement pas pour chasser les œufs… Des visites aussitôt suivies de rumeurs de rachat. Ainsi, aux dernières nouvelles, Yahoo! serait prêt à débourser 100 millions de dollars (106 millions de francs) pour avaler Foursquare.
Une somme plutôt coquette pour un service qui, après seulement un an d’existence, frise le million d’utilisateurs mais ne rapporte toujours rien. En 2007, Yahoo! avait caressé l’idée d’acheter Facebook – qui ne comptait alors que 30 millions de membres, contre 400 millions aujourd’hui – pour 1 milliard de dollars tout rond, avant de reculer. Voilà qui situe l’énorme potentiel de profitabilité attribué à Foursquare.
Liens de proximité
Les raisons d’un tel engouement? Elles tiennent en un mot: géolocalisation. A savoir la capacité qu’ont les smartphones dotés de GPS d’indiquer où se trouve l’utilisateur. Qu’on y rajoute la possibilité d’envoyer des messages texte, de conseiller et se faire conseiller restaurants sympas, magasins branchés et autres bons plans, et l’on obtient un objet étrange, au croisement du réseau social, du guide urbain, de la messagerie instantanée et du jeu. Foursquare donc.
Pour de nombreux observateurs et blogueurs, cette application et la nuée de concurrents qui s’est engouffrée dans son sillage – les américains Gowalla et Brightkite, les français Plyce et Dismoioù – représentent le Net de l’avenir. Soit un espace ouvert, délivré du carcan des pages Web, disponible gratuitement sur les mobiles «malins» (iPhone, Android, BlackBerry, Palm Pre) et bientôt les tablettes multimédias. Capable, surtout, d’établir des liens de proximité entre utilisateurs et commerces. Le tout enrobé dans un format ludique plutôt addictif.
«Facebook des lieux»
Foursquare distribue par exemple toute une série de «badges» à ceux qui enregistrent régulièrement les lieux où ils se trouvent, et même des titres de «maire» à ceux qui fréquentent assidûment un endroit. Certains commerçants ont bien compris l’intérêt d’un tel système et n’hésitent pas à offrir des cadeaux – tranches de pizza ou cafés à l’œil – aux membres de la communauté désignés «maires» de leurs établissements. Le jour où une masse critique d’utilisateurs sera atteinte, Foursquare and Co deviendront des outils de marketing incontournables.
«C’est un service dont j’ai toujours rêvé, un Facebook des lieux, s’extasie ainsi Martin Destagnol, le PDG de Plyce, cité par le site Eco89. Les profils ne sont pas des gens mais des lieux. Et les interactions entre les gens se font autour de ces lieux. On peut ramener du trafic aux commerçants et fidéliser le client.» Et de vanter les mérites des annonces ciblées en fonction des intérêts d’une personne: «Si vous pratiquez le golf, vous recevrez des publicités en rapport avec le golf.»
Foursquare n’a d’ailleurs pas traîné pour mettre sur pied des alliances stratégiques, notamment avec Zagat, le guide de restaurants le plus utilisé aux Etats-Unis, qui se sert des opinions des internautes pour établir ses cotations. Dites-moi où vous êtes et je vous dirai ce qu’il faut consommer…
? foursquare.com, gowalla.com, brightkite.com, dismoiou.fr, plyce.fr