Charlie Hebdo, c’est bien connu, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Quand il s’attaque à l’intégrisme islamique, c’est en toute liberté, blasphème au vent. Intitulé Charia Hebdo, le numéro qui sort aujourd’hui en France suscite déjà un début de polémique dans la communauté musulmane.
«Nous avons souhaité réagir à la victoire du parti intégriste Ennahda aux élections en Tunisie ainsi qu’aux récentes déclarations islamistes du nouveau pouvoir en Libye», explique Charb, dessinateur et directeur de la publication. «Rédacteur en chef: Mahomet», affiche la couverture. «Il n’y a de dieu que Dieu (sinon c’est le bordel)», écrit le prophète – version Charlie – dans son édito. Les dessins sont dans le même esprit: crus et joyeusement blasphématoires.
«Le ton est plutôt rigolard, note Charb. On a trouvé bizarre que les révolutions arabes tournent à l’islamisme. Mais la situation est moins grave qu’il y a cinq ans.» En février 2006, Charlie affiche alors dans ses pages les caricatures de Mahomet publiées une semaine auparavant par le journal danois Jyllands-Posten, qui avaient déclenché un scandale planétaire. Poursuivi en justice par des organisations islamiques, Charlie gagnera son procès.
«Aujourd’hui, personne n’est menacé de mort, même en Tunisie, se réjouit Charb. On peut donc faire preuve de plus de légèreté.» En dernière page, un dessin présente Mahomet portant un nez de clown et professant: «Oui, l’islam est compatible avec l’humour.»
Coup de pub? En 2006, dirigé alors par le très médiatique Philippe Val, l’hebdomadaire avait lancé son opération Mahomet par une conférence de presse dans une rédaction protégée par des CRS. «Nous n’avons pas prévu d’augmentation du tirage, précise Charb. Tout ce foin médiatique provient des réactions sur la Toile et les réseaux.» Depuis hier fusent les commentaires indignés. Mais aucune menace ne s’est fait jour. Pour l’instant.