Malgré certaines rumeurs, «Vigousse» se porte bien

Par R.ET. le 12.12.2011 à 00:00

L’hebdomadaire satirique, que certains ne voyaient pas survivre plus de six mois, fête ses 2?ans

Fou, cinglé, utopiste. Ces termes sont souvent évoqués quand on parle des journalistes qui lancent un journal. En ce qui concerne Vigousse, les critiques étaient vives: «Vous ne survivrez pas plus de six mois.» C’était en décembre 2009. Aujourd’hui pourtant, l’hebdomadaire satirique romand fête son deuxième anniversaire. «Nous avons attendu d’avoir 3500 abonnés pour nous lancer dans l’aventure», commence Thierry Barrigue, cofondateur. L’influence, les réseaux sociaux, l’énergie du dessinateur et de ses collègues ont permis d’attendre ce seuil. L’aide d’un imprimeur et d’une société d’édition a permis de marquer les esprits dès le premier numéro, le 4 décembre 2009: il fut tiré à 150?000 exemplaires. Sans aucune dette grâce aux abonnés.

Aujourd’hui, il en compte 7000 et s’imprime à 15?000 exemplaires chaque vendredi. Plus de 3500 sont vendus en kiosque ou en librairie par semaine et une application iPad met le titre à la page. Ventes et abonnements assurent 80% du budget de l’entreprise. Les 20% restants proviennent de la publicité. L’équipe s’est agrandie, le budget aussi: il atteint cette année 1,2 million de francs. Et les observateurs de rationaliser: «Un positionnement décalé, une personnalité forte et des dessins, plus que des écrits, marquent souvent l’attention», note Jean-Clément Texier, président de Ringier France et chargé de cours à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel. «Ces qualités permettent au satirique Le Canard enchaîné d’être un des titres qui se portent le mieux en France. Dans le cas de Vigousse en plus, les coûts sont moindres et la gestion semble bonne.»

Ou presque: les bistrots aux alentours de la rédaction connaissent bien ses journalistes. Une bière au nom du journal est d’ailleurs brassée à Sainte-Croix. «On adore boire et fumer, mais on travaille également dur», souffle Patrick Nordmann, seul journaliste qui œuvre à plein temps pour Vigousse. Ses collègues ont chacun une autre activité. Le journal compte aussi sur un réseau de pigistes important. Ils produisent ensemble 16 pages de gags, de caricatures mais aussi d’enquêtes, un «best of» par an et Vogousse, un supplément chic pour les hommes. «Notre structure commence à ressembler plus à une rédaction qu’à une amicale sportive», se réjouit le journaliste Laurent Flutsch. Elle vole de ses propres ailes depuis que le noyau dur s’est séparé, comme prévu initialement, de ses soutiens du début, l’éditeur Gassmann, son imprimerie, et la société d’édition Inédite, qui gérait la publicité et les abonnements. La rédaction est donc l’unique propriétaire du journal. Elle compte sur les abonnés. «Ils garantissent la survie et l’indépendance du journal, conclut Thierry Barrigue. Nous comptons faire grimper notre nombre d’abonnés à 12?000 dans les trois prochaines années.» Toujours aussi fou, cinglé, utopiste?

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