Le produit final est gratuit; il est d’ailleurs réalisé grâce à des participants bénévoles. Mais le projet fournit malgré tout une centaine d’emplois dans le monde, sans doute même un peu plus, en tranquille progression. Economiquement, il s’agit d’une bizarrerie, voire d’une utopie.
Le budget de Wikipédia, l’encyclopédie en ligne gratuite, repose à 80% sur des dons d’internautes, récoltés à la fin de chaque année. Malgré cette fragilité assumée, le site ne cesse de se développer. Soutenu par des récoltes de fonds dont les apports doublent d’année en année, indique Florence Devouard, ingénieure agronome française et présidente honoraire de Wikimedia. Soit la fondation, basée en Floride, qui détient la marque et les serveurs du site, et chapeaute les différentes éditions locales du site.
La Française, qui a présidé Wikimedia de 2006 à 2008, était hier à Genève pour parler du modèle économique de Wikipédia. Elle poursuit son «tour» aujourd’hui à Yverdon, avant de se rendre à Lausanne puis à Fribourg.
Budget de 20 millions
Le dernier appel à contribution, lancé en novembre 2010, a rapporté plus de 20 millions de francs. L’essentiel (16 millions) a été récolté par les spécialistes de la fondation américaine. Le reste a été réuni directement au sein de la trentaine d’associations nationales, présentes sur tous les continents. En parallèle, le nombre de donateurs a doublé (500?000 contributeurs contre 230?000 en 2009).
Des chiffres qui attirent d’autant plus l’attention lorsqu’on se rappelle que Wikipédia ne fonctionnait qu’avec 30?000?dollars en 2006 et une version uniquement en anglais. «Le don moyen oscille autour de 45?euros en France et à peu près la même chose en Suisse (donc environ 57?francs). Comme il s’agit de petites sommes, cela explique sans doute le peu d’impact de la crise financière sur nos collectes.»
Car en 2010, la manne semblait être compromise. «Nous étions inquiets, car nous avions constaté que les revenus des organisations caritatives aux Etats-Unis avaient fortement diminué», rappelle Florence Devouard.
Fait étonnant – mais en phase avec sa logique d’indépendance – Wikimedia n’a pas réellement développé de stratégie pour générer des bénéfices. Quelques tentatives existent pourtant. «En dehors des contributions online, nous avons reçu quelques dons importants, de l’ordre du million, d’entreprises, de gouvernements ou d’ONG. Nous avons également établi entre 2008 et 2009 quelques partenariats, par exemple avec Orange. Mais nous en sommes revenus. Cela donne trop de possibilités aux entreprises de faire pression», explique Florence Devouard.
Un coussin de «survie»
Autre moyen de générer des recettes, quoique faibles: la vente de produits dérivés. Casquettes, mugs, etc. Enfin, le service aux entreprises. «Lorsque certaines sociétés aspirent les données du site en permanence, cela risque de nuire à sa rapidité. Nous leur proposons donc de créer un «tuyau» d’approvisionnement direct, reliant leurs serveurs au nôtre. En échange, on leur demande de payer un peu.»
Mais si l’argent frais entre à flots grâce aux fans, il n’est pas dépensé aussi facilement, relève l’ingénieure. «Un tiers, presque la moitié de l’argent, sert à financer l’hébergement des données et le développement de logiciels. Un quart part dans les dépenses administratives et le solde est utilisé pour promouvoir des projets jugés intéressants ou pour mettre en place des partenariats», détaille Florence Devouard.
La fondation, plus fourmi que cigale, aurait donc amassé 13 millions de réserves. Un coussin de «survie» destiné à adoucir les coups durs mais aussi à réaliser des investissements exceptionnels. «Par exemple, l’objectif cette année est de construire un nouveau site d’hébergement des données, un data center
.» L’autre grand but: susciter des contributions en Afrique, en Asie et dans les pays d’Amérique latine: «51% des modifications sont faites par des Européens.»
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Ce soir, à la HEiG -VD, à Yverdon. Informations:
wikitour.multypass.net/