C’est une véritable scène de guerre aux portes de Marseille: un commando de malfaiteurs lourdement armés qui échange en pleine nuit des coups de feu avec une patrouille de gendarmerie à quelques mètres du dépôt de la société de transport de fonds Sazias de Gémenos. Depuis quelques mois, cette scène est d’une cruelle banalité, tant la violence et la délinquance la plus sauvage baignent la Cité phocéenne.
Dans la nuit de lundi à mardi, on a cependant franchi un pas, les braqueurs n’ayant pas hésité à cadenasser le portail de la gendarmerie d’Aubagne et à parsemer les routes environnantes de clous, chevaux de frise et débris de verre pour bloquer la circulation et favoriser leur fuite. Cette opération militaire a mal tourné pour les braqueurs, qui n’avaient pas imaginé qu’un officier participant à une patrouille ferait une analyse très pertinente des événements. Il se souvenait que voici quelques mois un modus operandi similaire avait été utilisé pour s’en prendre à un centre-fort de la société Loomis à Valence, dans la Drôme. Il a donc immédiatement établi un rapprochement. De cette nuit de violence, il ne reste que les carcasses calcinées de sept véhicules abandonnés par les braqueurs pour couvrir leur fuite.
Alors que se dissipe l’odeur acre des incendies, les autorités s’inquiètent d’une croissance exponentielle de la violence à Marseille et dans sa périphérie, une violence fruit de la prise de possession du territoire par des bandes armées de mieux en mieux organisées et équipées. Jean-Jacques Urvoas, le secrétaire national du Parti socialiste chargé des questions de sécurité, n’a d’ailleurs pas hésité à qualifier Marseille de «ville la plus violente de France». Autre exemple récent, fort symbolique: l’abandon de la gestion d’un parking par la société Vinci aux portes du siège du Conseil régional. Le gardien était régulièrement passé à tabac et racketté.
Si l’on ajoute les camions de la banque alimentaire bloqués aux portes des cités des quartiers nord par des postes de douanes instaurés par des petits caïds, des trains de marchandises attaqués, Marseille semble être sortie du territoire de la République.