Mainmise

Après avoir braconné les médias belges, Google les censure

Par Marion Moussadek le 16.07.2011 à 11:06

A l’issue d’un bras de fer judiciaire opposant éditeurs francophones belges et le portail d’informations GoogleNews, le géant californien étend le jugement de la Cour de Bruxelles qui l’a condamné pour "contrefaçon" à son moteur de recherche google.be.

Aucun média belge n’est plus référencé par Google. Lesoir.be, principal quotidien francophone du pays, est désormais inconnu au bataillon pour le moteur de recherche. La Libre Belgique, l’autre journal à grand tirage de nos voisins ? Google ne connaît pas (plus) non plus. L’origine de ce snobisme subit ? Un différend entre éditeurs belges et le géant américain. Explications sur ce que le directeur de la rédaction du Soir en ligne Philippe Laloux, n’hésite pas à appeler un « boycott ».

Si l’épilogue de cette affaire intervient seulement maintenant, l’origine du litige remonte au printemps 2006. Les éditeurs belges francophones, regroupés dans l’association Copiepresse, engagent alors une action contre GoogleNews. Leur revendication ? Le portail d’informations doit demander une autorisation préalable avant de publier leur contenu qu’il doit par ailleurs payer. C’est en effet derechef que GoogleNews reproduit articles et contenus média. Journalistes et éditeurs ont le sentiment de se faire systématiquement voler leur propre matière sans avoir à piper mot.

Quelques mois plus tard, le tribunal correctionnel de Bruxelles condamne la société californienne à retirer de google.be tous  les articles d’un média représenté par Copiepresse et à payer, le cas échéant, une lourde amende par jour de retard.

"Opt in" et "Opt out"

En appel, Google inc. plaide le principe du « fair use ». Outre-Atlantique, cette préconisation autorise de larges exceptions au droit d’auteur. Les dissensions sont presque culturelles. Car  les pratiques courantes relatives au droit d’auteur sont différentes de part et d’autre de l’Atlantique : aux Etats-Unis, c’est « l’opt out » tandis qu’en Europe, c’est « l’opt in » qui prévaut. La différence ? Dans le premier cas, le retrait de contenu se fait à la demande, donc forcément postérieurement à la publication dudit contenu. Dans le deuxième cas, en Europe, une autorisation préalable doit être demandée avant de diffuser un contenu quel qu’il soit. En mai de cette année, la Cour d’appel de Bruxelles confirme la condamnation de Google pour « contrefaçon ».

Mais hier, surprise. Le directeur de la rédaction du Soir en ligne dit lui-même l’avoir appris « fortuitement » : plus aucun site de média belge francophone n’est plus référencé par Google. Philippe Laloux dénonce « une application mesquine de l’arrêt [de la Cour de Bruxelles] ». Et pour cause : éditeurs et journalistes avaient intenté une action contre le portail d’informations GoogleNews, et pour une revendication fondée et précise, et non pas contre le moteur de recherche californien lui-même.

Expédition punitive ?

Le géant a donc décidé d’appliquer à la lettre l’arrêt du 5 mai 2011 de la Cour d’appel de Bruxelles, en étendant le jugement valable pour son portail d’informations GoogleNews à la version belge de son moteur de recherche tout court google.be, qu’il sait extrêmement influent.

La rédaction est donc condamnée à regarder l’effritement de son lectorat en ligne. Car qui dit pas référencé par Google, dit baisse assurée de trafic sur son site web. Et à terme sans doute, c’est l’érosion des recettes publicitaires qui guette les médias belges francophones. Par voie de conséquence, leur propre survie. Une censure qui a l’allure d’une expédition punitive du géant californien dont le moteur de recherche le plus utilisé au monde semble faire la pluie et le beau temps dans le monde virtuel.

Regardez l'interview de Philippe Laloux, responsable de l'édition électronique du Soir:

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