Les placements en devises ont augmenté d'environ 132 milliards de francs au cours des six premiers mois de l'année, a indiqué la BNS mercredi dans un communiqué. L'institut d'émission a multiplié les achats d'euros ces derniers temps pour contenir l'appréciation du franc face à la monnaie unique.
La BNS précise que la perte semestrielle de 4 milliards de francs a pu être contenue dans certaines limites, grâce aux revenus tirés des positions en monnaies étrangères et en francs, ainsi qu'à la forte hausse du prix de l'or.
De plus, le résultat du fonds de stabilisation (StabFund) pour l'UBS n'est pas encore inclus. La BNS indique qu'il fournira une contribution positive pour le premier semestre. Le rapport semestriel complet sera publié le 13 août.
Niveau record
La Banque nationale a fait état de placements en devises d'un niveau record de 226,75 milliards de francs. Pas moins de 70,5% de ces placements sont libellés en euros.
Depuis fin 2009, la BNS a augmenté de près de 104,9 milliards de francs ses placements en euros, précise-t-elle dans son bulletin mensuel. A la fin du 1er semestre 2010, la Banque nationale détient environ 120,55 milliards d'euros ou 159,88 milliards de francs.
L'évolution du cours du dollars a également pesé, passant de 1,04 à 1,16 franc en début d'année. En juin, il est descendu toutefois à 1,05 franc.
Les placements de la BNS en dollars s'élèvent à 45,02 milliards (48,7 milliards de francs), soit 21,2 milliards de francs de plus qu'en début d'année. La Banque nationale détient par ailleurs pour 8,78 milliards de francs de yen, de la livre sterling pour 5,49 milliards de francs et 3,9 milliards de francs de dollars canadiens.
Redistribution maintenue
En dépit de cette perte à venir pour le semestre, la BNS procédera comme prévu à la redistribution annuelle de 2,5 milliards de francs de ses bénéfices à la Confédération et aux cantons. Cette contribution - régie par une convention - n'est clairement pas menacée, a assuré à l'ATS le porte-parole Werner Abegg. Les réserves pour versement d'une partie des bénéfices sont suffisantes.
Les interventions massives de la BNS contre l'envolée du franc face à l'euro - qui a vécu sa plus grosse crise depuis sa naissance - a certes entraîné une perte prévisible.
Mais comme le rappelait fin juin Jean-Pierre Danthine, numéro trois, les objectifs de la Banque nationale sont différents de ceux d'un gestionnaire d'actifs. Guidée par sa mission d'assurer la stabilité des prix, la BNS peut temporairement enregistrer des pertes.
Fin juin, la Banque nationale avait cessé ses achats d'euros. Son vice-président, Thomas Jordan, avait alors estimé que le risque de déflation était pour l'heure écarté, ajoutant que la Banque nationale pouvait à tout moment reprendre ses opérations en cas de danger.
Rebond des exportations
Et même si l'euro est passé entretemps sous le seuil des 1,31 franc, attisant les pires craintes quant aux conséquences sur l'économie helvétique tournée vers l'étranger, plusieurs indicateurs sont depuis venus calmer le jeu. L'euro s'est tout d'abord ressaisi.
Ensuite, les chiffres du commerce extérieur sur les six premiers mois de l'année, publiés mardi, ont de quoi balayer certains discours catastrophistes: les exportations suisses ont bondi de 8,2% au premier semestre et la balance commerciale affiche un excédent de 9,9 milliards de francs.
A noter encore que les débouchés les plus dynamiques pour les exportateurs helvétiques se situent en dehors de la zone euro. Les sorties vers les pays émergents et l'Amérique du Nord affichent en effet des taux de croissance à deux chiffres.
Enfin, le rebond conjoncturel se renforce. L'UBS a récemment maintenu sa prévision de croissance à 2,5% pour cette année et 2,1% en 2011.