Les deux premières rencontres avaient eu lieu à Beyrouth, en 2008 et 2009, mais cette année c’est à Tunis que se tient la réunion des blogueurs arabes. Pour cette troisième édition, «quel choix plus symbolique que la Tunisie?» demande Malek Khadraoui, cofondateur de Nawaat, un collectif de blogs qui participe à l’organisation de la rencontre. «Dès janvier, nous avions ce projet fou en tête: organiser la réunion des blogueurs arabes en Tunisie. C’est ici que le printemps arabe a commencé et c’est aussi en Tunisie que la censure sur Internet et les attaques contre la liberté d’expression étaient les plus féroces.»
En 2008, lors de leur première rencontre au Liban, ils étaient à peine une trentaine de blogueurs et activistes du monde arabe. Hier, à la Cité des sciences de Tunis, ils étaient plus d’une centaine, venus d’une dizaine de pays arabes: Egypte, Syrie, Libye, Maroc, Mauritanie ou encore Algérie. «L’idée, c’est d’échanger nos connaissances, nos savoir-faire, que ce soit en vidéo, en photo, comment se protéger de la répression, etc. Et surtout, cette année, de rencontrer tous les blogueurs qui ont participé au printemps arabe et qui continuent à le faire», souligne Malek Khadraoui.
Espionnés?
Sur la scène de l’amphithéâtre, les débats se succèdent: on y parle de Twitter et de ses limites, du rôle des cyberactivistes dans les périodes postrévolutionnaires mais aussi de la répression sur Internet et les téléphones portables, et des moyens de la contourner.
Deux membres du projet Tor, un logiciel qui permet de rendre anonymes les échanges sur Internet, s’avancent sur l’estrade et effraient pendant une demi-heure une audience qui ne connaît que trop bien les manipulations et la surveillance qui existent sur la Toile. «Imaginez vos téléphones portables comme des dispositifs de repérage qui ont aussi la possibilité d’émettre des appels.» Peu rassurés, les participants sont avides de réponses. Une conclusion, guère satisfaisante pour certains, s’impose: «La plus grande prudence.» Jusqu’au 6 octobre, les blogueurs assisteront à des ateliers spécialisés pour apprendre à utiliser les outils qui permettent de contourner la censure.
L’internet citoyen
Dans les pays débarrassés de leur dictateur, quel doit désormais être le rôle des blogueurs? C’est une des autres questions centrales à laquelle la réunion entend répondre. A moins de trois semaines de l’élection pour l’Assemblée constituante en Tunisie, les premières élections libres et démocratiques du printemps arabe, l’interrogation est particulièrement présente pour les blogueurs tunisiens.
Blogueur et cyberactiviste, Slim Amamou fut secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports pendant quelques mois, de janvier à mai. L’entrée des blogueurs et activistes sur la scène politique lui semble naturelle. «Le fait d’être blogueur est une marque de citoyenneté, c’est normal d’avoir des blogueurs dans le jeu politique. J’aimerais même que les membres de la future Assemblée constituante tiennent un blog. Il n’y a pas assez de blogueurs ni assez de jeunes dans les candidats à l’élection pour l’Assemblée constituante.»
En Tunisie, sept blogueurs sont candidats à l’élection du 23 octobre. Parmi eux, Riadh Guerfali, plus connu sur le Net sous le pseudonyme d’Astrubal, cofondateur du blog collectif tunisien Nawaat (le Noyau), créé en 2004, et professeur de droit constitutionnel. Candidat indépendant à Bizerte, il se présente «avant toute chose en tant que citoyen et ensuite seulement en tant que blogueur».