Politique culturelle

Le BAC, entre chaos et transition

Par Anna Vaucher le 25.08.2011 à 23:59

Ces prochaines années, le Bâtiment d’art contemporain devra faire face à de nouveaux enjeux

Les enseignes aux flèches indéchiffrables sur le BAC, Bâtiment d’art contemporain, à défaut d’aider le visiteur à s’y retrouver, ont au moins le mérite de refléter le capharnaüm qui règne à l’intérieur. Car il faut être initié pour naviguer entre les quatre institutions qui se partagent les locaux, à savoir le Mamco, le Centre d’art contemporain (qui a sa réception au 4e?étage, pour l’instant), le Centre de la photographie et le Fonds municipal d’art contemporain, qui gère également un espace nommé le Commun, au premier étage, qui peine à se faire connaître (voir infographie).

Dans un contexte où les batailles d’ego sont légion, le manque d’identité du BAC, qui regroupe d’anciens bâtiments de la Société genevoise des instruments de physique, rachetés en 1989 par la Ville, reflète le manque de volonté des institutions de travailler en bonne intelligence. Christian Bernard, directeur du Mamco, refuserait même de mettre les pieds à l’espace le Commun, en raison de désaccords professionnels. Ces guerres internes agacent, et plusieurs acteurs du milieu se plaignent que l’on s’offre, à Genève, le luxe de petites bagarres, au détriment du public.

Des travaux cruciaux

La raison principale? Un manque cruel de place. «On est trop à l’étroit, donc chacun essaie de tirer la couverture à lui», note Joerg Bader, directeur du Centre de la photographie, qui assure que ses relations avec Christian Bernard étaient amicales jusqu’à ce que le projet Bac?+?3 chavire en 2007, sous le règne de Patrice Mugny. Il devait permettre au BAC de devenir un véritable lieu dédié à l’art contemporain, à l’image de la Löwenbrau à Zurich. Il s’agissait notamment de réaliser une entrée unique, qui semble essentielle, et surtout d’acquérir un bâtiment supplémentaire dans le complexe, celui où se situe aujourd’hui le restaurant Curiositas. Une occasion fâcheusement ratée, irrévocable, que l’on ne peut que déplorer.

Le Bâtiment d’art contemporain se trouve à nouveau aujourd’hui dans un moment de transition. Un nouveau ministre, Sami Kanaan, a été nommé à la tête de la Culture. L’enveloppe thermique du bâtiment devra être refaite d’ici à 2015, ce qui constituera un moment capital pour l’avenir du BAC. Et un nouveau directeur sera affecté en septembre au Centre d’art contemporain pour remplacer la très décriée Katya Garcia Anton. Il faut dire que le Centre n’a connu, en trente-quatre ans d’existence, que trois directeurs. «Je suis d’accord que ça peut poser problème d’avoir, dans ce cadre, des contrats à durée indéterminée. Je ne vous cache pas que la question d’un autre fonctionnement se pose», explique Jean Altounian, président du Conseil de fondation du Centre d’art depuis environ dix-sept ans. «Ces longueurs de mandat peuvent susciter des interrogations. Je vais m’intéresser à cette question, ajoute Sami Kanaan. Le dossier du BAC est complexe car il fait intervenir des partenaires privés et publics. C’est un peu un paradoxe genevois: l’art contemporain est un domaine florissant mais les relations entre acteurs ne sont pas simples.»

Et le ministre de rajouter: «Le crédit pour les travaux sera déposé l’an prochain. Je veux éviter qu’on loupe alors l’opportunité de favoriser les collaborations, les synergies, et que l’on fige les espaces. S’ils sont intelligemment conçus, ces travaux présenteront de grandes possibilités d’améliorations. Mais ce n’est pas tout, les problèmes du passé existent, c’est aussi un état d’esprit du bâtiment. C’est à l’étroit, on a fait entrer beaucoup de choses dedans, et chacun lorgne sur l’espace de l’autre.»

Un fait que regrette d’ailleurs Renate Cornu, membre du Conseil de fondation du Centre d’art contemporain: «Le Centre de la photographie, qui est une petite association, aurait dû se trouver ailleurs. Il a été placé là par défaut. Il y a un manque de vision globale au niveau de l’art contemporain. D’ailleurs, chez les élus, il y a ceux qui le rejettent, ceux qui s’en accommodent et ceux qui le promeuvent. On trouve alors des compromis, au détriment d’une ligne claire. Est-ce qu’on aurait idée de consacrer la scène du Victoria Hall à des groupes de rock? C’est le temple de la musique classique, et il est reconnu comme tel. Le BAC aussi a besoin d’une identité forte, et c’est comme ça qu’on acquiert une fréquentation plus élevée.»

L’ennui, c’est que dans un espace déjà restreint, la répartition des locaux s’est faite sans réelle réflexion. «Le Mamco doit se contenter d’une entrée dans les expositions au premier étage, alors que les espaces les plus vastes, les plus belles hauteurs de plafonds, se trouvent au rez, poursuit Renate Cornu. Et les locaux administratifs du Fonds municipal d’art contemporain ont été installés dans des espaces qui seraient merveilleusement adaptés pour accueillir des œuvres monumentales. Dès lors, on doit les exposer ailleurs, et faire venir des grues pour les installer.»

Visions d’avenir

Les solutions envisagées par de nombreux acteurs? Trouver de nouveaux locaux pour abriter le Fmac. Pourtant, selon le ministre de la Culture, cela ne sera pas envisageable avant de nombreuses années. «Il faudrait déjà renoncer à l’idée du Commun, répond Joerg Bader, et attribuer cet espace aux institutions déjà présentes.» «Chaque mètre carré est précieux. C’est vrai que dans la situation actuelle, on peut se demander s’il est vraiment pertinent de le conserver, poursuit Sami Kanaan. Je comprends que le tout génère une confusion pour le public, et pour les élus. J’aimerais clarifier le lieu au niveau de ses missions. Mais il faudra que chacun y mette du sien.»

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