En 2001, au lendemain de la défaite des talibans, Chékéba Hachemi devient la première femme diplomate afghane en poste à Bruxelles. En 2005, elle est nommée conseillère du vice-président à Kaboul, puis ministre conseiller à Paris en 2007. Après avoir dénoncé avec force la corruption qui gangrène le gouvernement de Hamid Karzai, elle abandonne la politique en 2008, mais poursuit son combat pour l’éducation des femmes. De passage à Genève pour présenter son livre L’insolente de Kaboul, aux éditions Anne Carrère (lire encadré), la jeune femme de 37?ans, mère d’une fillette de 2?ans, raconte l’Afghanistan d’aujourd’hui et l’échec de la communauté internationale.
Comment vit-on en Afghanistan aujourd’hui?
Mal. On fait partie des pays où il fait le moins bon vivre au monde. Le taux de mortalité infantile ne diminue pas, l’espérance de vie ne dépasse toujours pas les 44?ans et le taux d’alphabétisation reste catastrophique. En dix ans et malgré une présence étrangère massive, tant sur le plan militaire qu’humanitaire, la situation ne s’est pas améliorée. Au contraire, elle s’est même aggravée. Des millions sont dépensés, mais l’aide est mal gérée. Et, surtout, elle ne tient pas compte des besoins de la population. A Kaboul, qui se veut la vitrine de la reconstruction, il n’y a toujours ni électricité, ni eau courante. Quant à la sécurité, elle ne cesse de se dégrader. Il y a cinq ans, on pouvait encore sortir; aujourd’hui il y a des kamikazes à tous les coins de rue. Les talibans reviennent en nombre par les zones frontalières du Pakistan, où ils œuvrent avec la bénédiction des autorités. Bon nombre de régions ne sont plus sous le contrôle de la coalition. Des écoles sont incendiées, des femmes sont vitriolées. Les intégristes entendent bien faire payer les Afghans qui ont collaboré avec la communauté internationale. Résultat, les ONG désertent les lieux laissant les gens dans le plus grand dénuement.
Le sort des Afghanes s’est-il amélioré?
Oui et non. On ne peut pas comparer l’Afghanistan des talibans à l’Afghanistan d’aujourd’hui. Une Constitution qui reconnaît les droits des femmes au même titre que ceux des hommes a été mise en place, un gouvernement a été élu – plus ou moins démocratiquement – et on a 27% de femmes au Parlement. C’est bien, mais le problème, c’est que, si on ne les forme pas, cela ne sert à rien.
Comment voyez-vous le retrait des troupes de la coalition en 2014?
Comme la plupart des Afghans, je suis inquiète. Le départ des troupes est programmé, mais il n’y a aucune stratégie commune sur l’avenir du pays. Si rien ne se passe, les talibans vont revenir et le peuple va une fois de plus redevenir le bouclier humain du terrorisme international. Mais je ne désespère pas pour autant. Il nous reste deux ans pour trouver des solutions.
Pourquoi avoir démissionné de votre dernier poste de ministre conseiller à Paris?
Je ne pouvais plus représenter un gouvernement aussi corrompu. En restant, je cautionnais ce système. Impensable quand on est engagé comme je le suis sur le terrain. Alors j’ai dénoncé et je suis partie. Je ne regrette rien, mais pour l’idéaliste que j’étais, c’est un échec.